"La Transcendante" de Patricia Reznikov chez Albin Michel (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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La Transcendante
La Transcendante — Le choix des libraires

Résumé

«Quelques semaines après le sinistre, en fouillant dans les décombres de ma chambre, j'ai retrouvé un ouvrage intact. Un seul. C'était La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne... J'ai creusé ce livre dans tous les sens, pour y chercher une réponse, comme on remue une tombe.»

Pour tenter de renaître, Pauline part à Boston, en Nouvelle-Angleterre. Des rencontres étonnantes et baroques-un libraire-cyclope, un homme-oiseau, un professeur fantasque-la mènent sur les traces du grand écrivain romantique.
Ode au rêve américain, celui de Hawthorne, Thoreau et Melville, La Transcendante est l'émouvant parcours d'une rédemption par la littérature. On y retrouve l'univers poétique et envoûtant de l'auteur de La nuit n'éclaire pas tout, prix Cazes-Lipp 2011.

L'AUTEUR

Patricia Reznikov est franco-américaine et vit à Paris. Depuis 1994, elle publie romans, nouvelles, poèmes, pièces de théâtre et albums pour la jeunesse.
Son premier roman, Toro, a reçu le prix France Culture du premier roman. Elle a également été récompensée en 2008 par le prix Thyde Monnier de la SGDL et le prix Charles Oulmont pour Le Paon du jour, et plus récemment en 2011 par le Prix Cazes-Lipp pour La Nuit n'éclaire pas tout.

Courrier des auteurs le 16/08/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un écrivain franco-américain qui écrit en français. Les ancêtres de ma famille américaine, d'origine russe, ont fui l'Ukraine en 1907 pour commencer une nouvelle vie aux États-Unis. N'ayant pas été élevée aux USA et ne sachant presque rien de ma famille russe, je cours, livre après livre, après ces racines et je raconte des histoires pour combler le vide. Avant d'être écrivain, j'ai fait un grand détour par une autre forme d'expression. J'ai étudié aux Beaux-Arts de Paris, puis j'ai été illustratrice pour la presse et la publicité. Mon approche littéraire est celle d'un artiste, d'un poète. J'aborde l'écriture comme un peintre avec sensibilité, subjectivité, davantage qu'avec érudition.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Ce pourrait être celui de la souffrance, celle qui jalonne nos vies, qui est au coeur de nos existences. La question que je pose est celle de son sens. Les épreuves ont-elles une signification ? Nous font-elles grandir, évoluer ? Ont-elles un rôle à jouer en ce monde ? J'aborde trois souffrances différentes dans le roman : celle de Pauline, jeune femme qui a tout perdu et qui est marquée dans sa chair, celle de Georgia, l'extravagante vieille dame qui se travestit et porte un lourd secret, et celle d'Hester, l'héroïne de La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne qui, parce qu'elle a transgressé les lois de sa communauté en aimant un homme, est condamnée à porter pour le restant de ses jours une marque d'infamie. J'établi un parallèle entre ces trois souffrances et avec l'histoire des Juifs, mis au ban des sociétés en Europe pendant des siècles, persécutés et qui ont porté l'étoile jaune.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
J'en choisirais deux. Une phrase de Georgia :
- Vous savez, toute ma vie j'ai cherché LA route, LA GRANDE ROUTE, celle qui vous mène vers votre accomplissement, la Number One, La Transcendante. (p. 109)
et une phrase de Waldo, le libraire-cyclope de la librairie Boston Lights :
- Ne croyez pas que vous allez vous en tirer comme ça, à ne pas lire de la bonne littérature ! J'ai tout ce qu'il vous faut ici, alors au boulot ! (p. 114)

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La symphonie du Nouveau Monde d'Antonin Dvorak, bien sûr ! Ou alors, la Concord Sonata de Charles Ives, le père fondateur de la musique américaine du XXe siècle, qu'il a écrite en hommage aux Transcendantalistes de la Nouvelle Angleterre des années 1850. Et plus particulièrement le deuxième mouvement, néo-romantique, consacré à Nathaniel Hawthorne.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Les arts en général et la littérature en particulier, sont pour moi des «lieux» de rencontres. L'artiste, l'écrivain, n'ont pas de réponses à proprement parler, mais ils ont des outils poétiques et psychologiques qui leur permettent d'approcher les grands mystères de l'existence et de poser les bonnes questions. Les oeuvres d'art nous offrent des clés de compréhension du monde. Le roman est un «endroit» où partager nos expériences existentielles, celle de l'auteur et celle du lecteur. Grâce à une écriture fluide, simple, accessible (le contraire d'une écriture compliquée, prétentieuse et absconse qui dirait «regardez-moi écrire»), je m'efforce de privilégier l'émotion et la rêverie et d'inviter le lecteur dans mon roman, afin qu'il y reconnaisse des choses familières, qu'il y trouve sa place, qu'il puisse s'y approprier des passages. J'attends beaucoup en retour de sa lecture. J'espère qu'il m'apportera sa vision et qu'il enrichira mon travail de sa propre réflexion. Il arrive que des lecteurs voient dans un roman quelque chose que je n'avais pas conscience d'y avoir mis ! C'est magique ! Ainsi a lieu l'échange.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Hormis du calme, quelques heures devant moi et du thé vert japonais, je ne pense pas avoir de rituels bizarres ou pittoresques. Quoique... Quand j'écris, j'aime m'entourer de quelques objets qui se rapportent au roman en train de se faire. Pour La Transcendante, j'avais sur mon bureau un petit canoë en écorce. J'avais aussi deux petites poupées Kachinas, des divinités des Indiens Hopis, que j'avais embarquées à bord ! Dans le roman, Blake est un philosophe passionné par les Amérindiens. Il emmène Pauline pour une promenade romantique et métaphysique dans un canoë sur le mythique lac de Walden. Aux murs, en plus de clichés ou de gravures de la région de Boston, il y avait les vieilles photos de mes ancêtres russes qui m'inspirent et me protègent. Mais ce sont peut-être là des rituels, après tout...

7) Comment vous vient l'inspiration ?
L'inspiration est une drôle de chose. Peut-être n'est-ce rien d'autre que la capacité à se connecter à son inconscient ? C'est un processus un peu chaotique que j'ai appris à maîtriser avec le temps. Ce sont mes propres expériences, mes rencontres, mes voyages, et mes lectures qui sont à la base de l'envie d'écrire un roman. Ensuite, sans savoir exactement où je vais, je me laisse porter par des histoires, des dialogues, les souvenirs de lieux que j'ai visités. J'ai appris à faire confiance à mes flux intérieurs d'où je laisse «remonter» les choses. Un peu plus tard, lorsque j'y vois plus clair, je construis un plan. Mais l'inspiration peut être tyrannique. Des pages entières peuvent m'être «données» la nuit, alors que je cherche à m'endormir ! Il faut alors se relever et tout noter, avant que tout ne s'évanouisse.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Enfant élevée dans une maison bilingue par un père français et une mère américaine, j'ai eu la chance d'être mise en contact avec les grands romans classiques des deux cultures. J'ai énormément lu dans les deux langues, je dirais même que je n'ai fait que cela ! Je lisais seule en français et je lisais tous les soirs avec ma mère à haute voix les classiques de la littérature anglo-saxonne, d'abord celle pour enfants, puis celle pour adulte. Ce qui fait que la littérature est littéralement mon pays d'enfance. C'est dans les livres que j'ai, très tôt, appréhendé, le monde.
Mais le choc à proprement parler a eu lieu en classe de cinquième. J'avais onze ans. Lorsque le professeur de français nous a lu la rédaction, très écrite et remarquable, d'une camarade, j'ai soudain compris que l'écriture était à ma portée. Ce fut une révélation. J'ai su que j'écrirai un jour moi aussi.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Des chocs littéraires, je n'ai eu que ça ! Ce sont avant tout les écrivains anglo-saxons dont la sensibilité provoque une résonnance en moi, qui m'ont éblouie et guidée. Pour n'en citer que quelques uns : Les aventures de Tom Sawyer et Les aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, le théâtre de Tennessee Williams : Un tramway nommé désir, La nuit de l'iguane, La ménagerie de verre, John Steinbeck, Paris est une fête d'Ernest Hemingway, Coeur des ténèbres, Le partageur secret de Joseph Conrad, Carson McCullers, Moby Dick de Herman Melville, Isaac Bashevis Singer, et en français L'enfant de Jules Vallès, Vol de nuit d'Antoine de saint Exupéry, le théâtre de Giraudoux, Ondine, La guerre de Troie n'aura pas lieu et Giono, première et deuxième période, ainsi que Le loup des steppes de Hermann Hesse, traduit de l'allemand.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Les écrivains sont avant tout des personnes qui nous procurent des joies immenses grâce à leurs romans ! Des personnes qui nous accompagnent et nous permettent de grandir. Mais ce sont aussi des hommes et des femmes comme les autres qui vivent, souffrent, connaissent des plaisirs, et meurent. Mais leur capacité, tout comme les artistes, à utiliser leur vécu, leurs épreuves, leurs éblouissements et de créer des oeuvres grâce à un processus d'élaboration, de transformation, leur permet de tendre un miroir à leurs lecteurs, où tous, nous nous reconnaissons. Un écrivain sert peut-être à dire que nous ne sommes pas seuls, que nous vivons les aspects de nos vies ensemble, sous les mêmes cieux. Et que nous vivons sous le signe des mêmes grands mystères, à la recherche de quelque chose qui ait du sens.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Les librairies sont des indices de civilisation ! Ce sont des fenêtres sur le seul monde qui ait du sens pour moi, celui de l'art, de l'intelligence, de la métamorphose poétique. Ce sont des sanctuaires et des lieux de jubilation intellectuelle. Lorsque je marche dans la rue et que j'aperçois, perdue au milieu des boutiques de vêtements, de téléphonie, ou de sociétés d'assurance, une librairie qui résiste, qui continue d'offrir au passant, au curieux, à celui dont l'âme est cabossée des milliers d'oeuvres, des milliers de possibilités d'exister plus fort et plus haut, je sais que tout n'est pas encore perdu... Dans mon roman, Pauline pousse la porte d'une librairie de Boston, veillée par des portraits d'écrivains géants, et fait la connaissance d'un libraire-cyclope assez terrifiant qui la rudoie, l'insulte même mais la pousse vers son destin !

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