"Le café du coin" de Sait Faik Abasiyanik chez Bleu autour (Saint-Pourçain-sur-Sioule, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Le café du coin
Le café du coin — Le choix des libraires

Résumé

«Rarement dans la littérature mondiale un écrivain a su croquer le quotidien avec tant de finesse», écrit dans sa préface Enis Batur à propos de Sait Faik, ce marginal «qui a révolutionné la prose turque».
Dans ce recueil paru en 1950, l'un de ses plus aboutis, le nouvelliste mêle ses rêveries aux mésaventures des oubliés de la vie qu'il côtoie entre Istanbul et son île de pêcheurs. C'est drôle, mélancolique, d'une totale liberté.

L'alcool, l'amour, la maison, la famille, l'amitié, l'amusement, les affaires de ce monde, et même une idée... Il est des jours où toutes ces choses ressemblent à des ballons rouges, verts, jaunes, orange percés par une aiguille ou une cigarette allumée. Tout perd instantanément sa couleur, sa légèreté, sa joie. Peut-on échapper à ces moments-là ? Existe-t-il des gens dont les ballons ne sont jamais percés ? Selon les jours, je les envie ou je les méprise.

La revue de presse : Catherine Simon - Le Monde du 27 juin 2013

C'est en lisant ce recueil, paru en Turquie en 1950, qu'on réalise que non, tout compte fait, ce quidam "intranquille " - selon le mot fameux de Pessoa, cité par l'éditrice Elif Deniz dans la postface -, ce flâneur indocile, qui va et vient sans cesse, n'a rien d'une figure récente ou prémonitoire. Ce besoin de bouger, de passer les frontières, est une vieille histoire ; aussi vieille, certainement, que celle de la littérature turque, dont Sait Faik Abasiyanik fut, "authentiquement, le premier moderne en soi", comme l'assure l'écrivain Enis Batur dans la préface au recueil. Les nouvelles du Café du coin, à des années-lumière du récit à intrigue, ressemblent à des esquisses, à des tableaux inachevés : on y croise une pauvre grand-mère qui vend des lapins en pleine rue dans l'espoir de s'acheter un billet de bateau pour Izmir ; un marchand de marrons malchanceux ; des pêcheurs d'écrevisses ou de sinagrit ("dentu" en français), un jardinier borgne... Souvent, il ne se passe rien. Il n'y a pas de message. Sait Faik Abasiyanik écrit comme s'il portait, au front, une caméra qu'il aurait oublié d'éteindre. S'attachant, ajoute Enis Batur, à "épurer" ses textes "de tout enjolivement", Sait Faik Abasiyanik, par sa sobriété et son sens de l'absurde, a bouleversé la prose, jetant aux orties la rhétorique et le "réalisme social" cher au grand écrivain Nazim Hikmet (1902-1963).

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