"Concerto pour la main morte" de Olivier Bleys chez Albin Michel (Paris, France)

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Concerto pour la main morte
Concerto pour la main morte — Le choix des libraires

Résumé

«La vie n'est qu'un tissu d'à-peu-près, de décisions hâtives, de situations instables sur lesquelles on bâtit pourtant un mur en plâtre qu'un coup de poing peut traverser.»

À Mourava, hameau perdu de Sibérie centrale, Vladimir Golovkine n'a qu'un rêve : prendre le bateau pour Krasnoïarsk, la grande ville en amont du fleuve. Mais faute de pouvoir s'offrir un billet, c'est un étranger qu'il voit débarquer dans sa vie : Colin, un pianiste raté dont la main droite refuse d'obéir dès qu'il se met à jouer le concerto n°2 en do mineur de Rachmaninov.
À la frontière du récit et de la fable, Olivier Bleys, l'auteur de Pastel, crée ici un univers poétique où le tragique côtoie l'absurde. Histoire de vodka et de mystère, de musique, d'amitié entre les hommes, ce livre jubilatoire nous invite à cultiver la joie plutôt que la tristesse.

Écrivain confirmé âgé de trente-neuf ans, Olivier Bleys a publié une vingtaine de livres : romans, essais, récits de voyage, bandes dessinées, romans d'anticipation, édités pour la plupart aux Éditions Gallimard qui l'a nommé en 2004 lecteur permanent.
L'ensemble de son oeuvre est traduite dans une dizaine de langues, et lui a valu de nombreuses récompenses dont le prix François Mauriac de l'Académie française pour Pastel (Gallimard, 2000).
Au cours de sa carrière, Olivier Bleys a effectué plusieurs séjours en résidence d'écrivain et pris part à de nombreuses manifestations, tant en France qu'à l'étranger (il a été choisi pour représenter la France aux IIIe Jeux de la Francophonie à Madagascar).
En juillet 2010, il a pris le départ d'un tour du monde à pied, par étapes, qu'il poursuit d'année en année.

Courrier des auteurs le 25/06/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Un " flâneur magique ", formule utilisée récemment par un journaliste. Je crois qu'elle me décrit bien. C'est aussi une allusion au tour du monde à pied, par étapes, que j'accomplis depuis trois ans (http ://geopedisfr.canalblog.com/).
On pourrait m'appliquer ensuite cette confession d'André Gide : " «Je ne suis qu'un petit garçon qui s'amuse - doublé d'un pasteur protestant qui l'ennuie.» Tout à fait moi !
Mais pour dresser un portrait plus objectif : " Écrivain confirmé âgé de trente-neuf ans, Olivier Bleys a publié vingt livres : romans, essais, récits de voyage, bandes dessinées, roman graphique, récit d'anticipation, surtout chez Gallimard qui l'a nommé en 2004 lecteur permanent et chez Albin Michel. L'ensemble de son oeuvre est traduit dans une dizaine de langues, et lui a valu de nombreuses récompenses dont un prix de l'Académie française pour Pastel (Gallimard, 2000). "
Mon blog (http ://monvolubilis.canalblog.com/) satisfait toutes les curiosités.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La musique, la Sibérie, l'amitié, les vies antérieures.
La musique, pour n'en choisir qu'un.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
" Je jouerai pour les arbres debout, pour le fleuve aux longs méandres, pour le premier brin d'herbe qui percera la neige au sortir de l'hiver. "

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Précisément l'adagio (2e mouvement) du concerto pour piano n° 2 de Sergueï Rachmaninov.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La croyance dans une vie plus étendue que celle que nous parcourons, qui débute à la naissance et s'achève à la mort.
Pour ma part, je ne peux envisager d'existence dans un cadre aussi étroit !

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Une musique, sûrement pas. Plus je prends de l'âge, plus le silence devient condition de l'écriture. C'est presque la seule. J'envie d'ailleurs mes amis peintres et dessinateurs de pouvoir travailler en musique. Au contraire, je me suis équipé cette année d'un casque anti-bruit professionnel, conçu pour l'aviation, et qui garantit un silence presque parfait.
Pour le reste : je travaille sans horaires fixes mais plutôt le matin, par brèves séquences entrecoupées de dégustations de café, toujours allongé, l'ordinateur sur les genoux.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Les idées me viennent en marchant. J'emporte un carnet dans mes déambulations à travers la nature ou la ville, et j'y note quelques phrases, quelques pensées. Le procédé est assez efficace.
Plus largement, un sujet de roman n'est jamais pris au hasard, mais procède d'un choix sinon éclairé, du moins conscient et volontaire. En revanche, ce qui détermine ce choix varie beaucoup selon les auteurs. Certains désirent traiter un thème, voire illustrer une thèse, et développent un récit qui pourra les servir. D'autres, plus intuitifs, se laissent guider par leur sensibilité. D'autres, enfin, connaissent cette double emprise : leurs romans sont à la fois «goûtés» et «réfléchis». Dans mon cas, le hasard et la curiosité jouent un grand rôle.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Au sortir de l'adolescence, malgré de premiers contacts noués dans le milieu de l'édition (avec Jean Grosjean de Gallimard et Gérard Bourgadier de l'Arpenteur), je ne me destinais pas à l'écriture mais au cinéma et à la réalisation de films. J'ai étudié longuement l'analyse filmique et possède assez bien les classiques du 7e art, en particulier les chefs-d'oeuvre d'Orson Welles et d'Elia Kazan. Mes livres, sans doute, en restent imprégnés. J'entends souvent dire de mes lecteurs que mon écriture évoque des images, qu'elle est «visuelle.» De même, la construction de mes récits s'inspire largement des scénarii de cinéma, tandis que le découpage de mes chapitres s'apparente à un découpage de séquences. Il paraît enfin que mes romans feraient de bons films.
Adolescent, j'écrivais de la poésie, m'essayais à la composition de romans mais, je le répète, sans intention (ni même désir) d'en faire un métier. C'est venu assez simplement, parce que les éditeurs s'intéressaient à mes écrits et m'ont poussé dans cette voie.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Adolescent, je fréquentais beaucoup les romans de Jean-Paul Sartre, ceux de Boris Vian. Ils tissaient un monde où j'évoluais naturellement - mieux, je pense, que dans le monde réel. Certains poètes (Paul Claudel, Saint-John Perse...) m'ont procuré de grandes joies. Plus tard, je suis devenu inconditionnel des écrits de Gabriel Marcia-Marquez, et me revendique du " réalisme magique " qu'il a contribué à inventer.
Mais je n'ai pas vraiment d'écrivain tutélaire, ni d'oeuvre référente. Je n'ai aucune fidélité dans mes lectures, et passe facilement d'un livre à l'autre.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
On n'aurait pas posé cette question au XIXe siècle !
Je fais partie du petit nombre qui croient les écrivains aussi utiles que les médecins ou les agriculteurs - ou bien ceux-là, aussi superflus que les écrivains.
Cependant, abolissez les livres, les librairies, les bibliothèques ; défendez à quiconque de lire le moindre mot ou qu'on lui raconte la moindre histoire. Je ne donne pas cher de sa vie.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une place assez marginale. Ayant affaire aux livres, ou plutôt à l'écrit, toute la journée, je n'aime pas m'entourer de papier dans mes moments de liberté. Rien ne m'est plus étranger que ces écrivains cérébraux qui vivent par et pour le mot, sans autre horizon que leur table de travail. Au contraire, je la quitte dès que je peux, impatient de ciel et d'air pur.

La revue de presse : Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 29 septembre 2013

Avec Concerto pour la main morte, Olivier Bleys (Le Fantôme de la tour Eiffel, Pastel, etc.) a écrit un délicieux roman peuplé de fous sympathiques, d'adorables hurluberlus, de paumés du bout du monde et du bout de la vie. C'est un conte moral qui célèbre la débrouille et l'amitié. C'est une fable dans laquelle l'absurdité devient raisonnable, et toute raison absurde. Olivier Bleys a la bonté de faire parler ses personnages avec de l'allure, du chic, comme s'ils se réchauffaient au contact de leurs mots et s'étonnaient de n'en avoir pas été dépossédés. Il n'hésite pas à exporter notre subjonctif imparfait (capturassent, clamassent, etc.) dans ce hameau pourri de Sibérie. Du contraste entre l'écriture classique, tenue, précise, superbe, du romancier, et l'extravagance de ses créatures plongées dans le désespoir, la forêt ou la vodka frelatée, naît une sorte de jubilante poésie.

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