"Tout sera oublié" de Mathias Enard chez Actes Sud (Arles, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Tout sera oublié
Tout sera oublié — Le choix des libraires

Résumé

«Qu'est-ce qu'un monument ? C'est un bâtiment en soi inutile. Un musée sans musée. Un genre de croix. Une mosquée sans fidèles, une église sans dieu. Un symbole. Une présence de ce qui n'est plus. Un corbeau.» «L'été 1991, les Serbes, les Bosniaques, les Croates commencent à se foutre sur la gueule et vingt ans plus tard on me demande d'imaginer un monument qui ne soit ni serbe ni bosniaque ni croate pour cette guerre oubliée plus que terminée.
- Seul un artiste international comme vous peut dessiner quelque chose d'intéressant, on m'a dit. Quelque chose qui ne soit pas partisan, on m'a dit. Qui prenne en compte les souffrances de tous les camps, on m'a dit. Drôle d'idée qu'un monument à la souffrance, j'ai pensé.» C'est alors que commence pour cet artiste une traversée des ruines de cette guerre balkanique, pour qui «les souvenirs, les traces, les marques sur les façades, sur les visages, le passé devient la seule façon de voir le présent.»

Traducteur et romancier, Mathias Enard est né en 1972 à Niort. Après plusieurs longs séjours au Moyen-Orient, il s'installe en 2000 à Barcelone où il vit toujours, anime plusieurs revues culturelles et enseigne l'arabe à l'université. Il a traduit du persan l'oeuvre de Mirzâ Habib Esfahâni, Epître de la queue, publié Bréviaire des artificiers et écrit trois romans La perfection du tir, Remonter l'Orénoque, Zone. Il a reçu, pour ce dernier titre, le prix Décembre 2008 et le prix du Livre Inter 2009.
Peintre, graphiste et illustrateur, Pierre Marquès est né à Béziers en 1970. Il vit et travaille à Barcelone. Il a à son actif de nombreuses expositions et performances. Bréviaire des artificiers est pour lui l'occasion de renouer avec le dessin.

La revue de presse : Marine de Tilly - Le Point du 20 juin 2013

Dans ce livre qui étreint à chaque page, Énard, Marquès et leur héros rendent la mémoire à la mémoire. Avec les mots de l'un, les peintures sur photos de l'autre, ils enseignent le souvenir de cette guerre punitive. BD, roman illustré, graphique ou philosophique, poème visuel, documentaire de l'âme de l'ex-Yougoslavie, qu'importe ce qu'est cette "chose". Ce que l'on retient n'est ni la forme ni même l'histoire du narrateur ou celle de Marina, l'architecte qui l'accueille à l'Est, mais une atmosphère en suspension, belle et lourde comme un spleen, pénétrante, vaporeuse comme la mélancolie. Ce livre est d'une effarante puissance d'évocation : quelques mots, les photos retravaillées d'une ville, d'un téléphérique, d'une ancienne piste de bobsleigh des JO de 1984, d'une paire de mains qui écrivent, d'une forêt sous la neige, des empreintes des loups ou des corbeaux, d'un pont en lambeaux ou d'une façade de rue, et c'est comme si l'on regardait le scanner d'une guerre oubliée et perdue.

La revue de presse : Catherine Simon - Le Monde du 30 mai 2013

Sidérés, jeunes gens, par la guerre des Balkans, le romancier Mathias Enard et le dessinateur Pierre Marquès ont scruté sur place ses cicatrices...
" On voulait faire un livre hybride, dont le sujet principal serait la trace ", précise Mathias Enard. Pari réussi. Trace de la guerre elle-même ou trace d'avant le grand saccage. Les images de ce qui reste de la piste de bobsleigh, construite pour les Jeux olympiques d'hiver de 1984, sont étonnantes. On croirait la peau d'un serpent tombée avec la mue, une peau de béton, fanée par le temps, que les broussailles sont en train de masquer. Pierre Marquès a travaillé sur des photos couleur (elles ne sont pas de lui) qu'il a en partie détruites et décolorées, avant de les réimprimer en noir et blanc, puis de les peindre. " Son pinceau, c'est sa signature ", relève Mathias Enard. Le motif du livre - la commande d'un monument à un artiste européen - n'est pas une invention des auteurs, mais s'inspire d'une histoire vraie, indique le romancier. L'Union européenne a longtemps caressé le projet d'en voir érigé un, en ex-Yougoslavie, à la mémoire des victimes de la guerre...
Cette oeuvre atypique dit, avec force et mélancolie, le spleen de deux Européens d'aujourd'hui devant les ruines d'une Europe disparue.

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