"Une vie brève" de Michèle Audin chez Gallimard (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

— 

Une vie brève
Une vie brève — Le choix des libraires

Résumé

Dans ce livre, il est question d'une vie brève. Pas de celle d'un inconnu choisi au hasard, parce que j'aurais vu sa photo, son sourire, dans un vieux journal, mais celle de mon père, Maurice Audin. Peut-être avez-vous déjà croisé son nom. Peut-être avez-vous entendu parler de ce que l'on a appelé "l'affaire Audin". Ou peut-être pas. Je le dis d'emblée, ni le martyr, ni sa mort, ni sa disparition ne sont le sujet de ce livre.
C'est au contraire de la vie, de sa vie, dont toutes les traces n'ont pas disparu, que j'entends vous parler ici.

Michèle Audin est née en 1954. Elle est mathématicienne et membre de l'Oulipo. Professeur à l'Institut de mathématique avancée de l'Université de Strasbourg, elle a écrit de nombreux livres de Mathématiques. Une vie brève est son premier récit.

Courrier des auteurs le 29/05/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Une femme, une scientifique, aussi une historienne, et maintenant une écrivaine... Mais est-ce une réponse ?

2) Quel est le thème central de ce livre ?
C'est une sorte d'enquête. À l'aide de différentes traces (photographies, carnets de comptes, cahiers, lettres, etc.), j'ai essayé de reconstituer ce qu'avait été la vie de mon père. Il a été torturé, tué, et a disparu à l'âge de 25 ans. Plutôt que de parler de sa mort, je me suis intéressée à sa vie.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"... j'imagine d'autres personnes qui examinent peut-être aujourd'hui la même photographie, et scrutent les visages de ces vingt jeunes gens en essayant de leur ajouter des rides, de l'embonpoint, de leur éclaircir les cheveux, de leur en retirer, pour tâcher de reconnaître un vieux père ou un grand-père blanchi, chauve et ventripotent. Lui n'a pas vieilli. Jeune éternellement..."

(c'est page 68)

4) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le fait que la littérature, l'écriture, peuvent aider à appréhender, à comprendre l'histoire.

5) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Non. Je peux écrire n'importe où et n'importe quand (mais pas avec n'importe quel bruit de fond quand même).

6) Comment vous vient l'inspiration ?
Je n'ai pas d'inspiration, je ne suis d'ailleurs pas sûre de croire à l'inspiration. Je recueille et note des informations, que je cherche (ou qui m'arrivent sans que je les ai cherchées). Je choisis une forme, des règles, des cases à remplir, par exemple, une case "rues en 1956", je choisis aussi la façon dont ces cases se succèdent. C'est en mettant les informations dans les cases que j'écris le texte. L'écriture elle-même ne m'est possible que grâce à ces règles, même si ça ne se voit pas quand le livre est terminé !

7) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Oui. Et j'ai toujours écrit des livres. Professionnellement, sur les mathématiques, par exemple. Et puis, sur l'histoire des mathématiciens. De plus en plus, de la littérature : après "Une vie brève", il devrait y avoir un roman.

8) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Question difficile : j'ai toujours lu énormément, et reçu beaucoup de "chocs". "L'éducation sentimentale" de Flaubert, peut-être, puis bien sûr "La Vie mode d'emploi" de Georges Perec et plus récemment, "l'Histoire du siège de Lisbonne", de José Saramago.

9) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
À mieux connaître le monde ? À mieux le comprendre ? À le transformer ?

10) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Très importante. Je lis beaucoup, j'achète beaucoup de livres. Le livre que vous cherchez, vous pouvez l'acheter n'importe où. Mais comment trouver celui que vous ne cherchez pas sans les tables des librairies ? Je donne souvent rendez-vous à mes amis dans une librairie : j'arrive en avance et je regarde les livres sur les tables. Les choix des libraires sont très utiles, ils me sont indispensables.

La revue de presse : Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 17 janvier 2013

Ce martyr doublement disparu, une femme le fait réapparaître dans la plénitude de sa jeunesse et de son génie. C'est sa fille, Michèle Audin, née en 1954, elle aussi mathématicienne, et membre de l'Oulipo. Méthodique et déductive comme son père, elle a enquêté, non pas sur un crime, mais sur «Une vie brève» (Gallimard, 17,90 euros). Et quelle vie !...
Dates, salaires, dépenses, et même son numéro de Sécurité sociale : Michèle Audin ne laisse rien de côté - sauf la nostalgie, qu'elle exècre. C'est la plus implacable et la moins réfutable réponse qu'une fille pouvait donner aux criminels qui ont tout fait pour que son père n'ait pas existé. En couverture, Maurice a 7 ans, et on croirait qu'il sourit à celle qui, enfin, lui redonne vie.

La revue de presse : Catherine Simon - Le Monde du 10 janvier 2013

Elle est mathématicienne, écrivain membre de l'Oulipo et fille de Maurice Audin, mort sous la torture infligée par les paras français à Alger en 1957. " Une vie brève ", enquête sur son père, se situe à l'exacte intersection de ces trois faits...
L'homme dont elle tente de reconstituer le parcours est un garçon ordinaire, d'origine modeste. Il boit son café sans sucre, il aime les mathématiques, a lu des livres sur Gandhi. Il va au cinéma avec sa femme et fume des Camélia Sport. Rien d'exceptionnel ? Rien. Il milite au Parti communiste algérien (PCA) et signe, en 1953, une pétition en faveur des époux Rosenberg ? Rien de franchement rare, là non plus. Et voilà qu'une silhouette se dessine - banale ou presque : celle d'un gamin en culottes courtes, un fort en maths, qui grandit à la dure et devient un jeune homme brillant, épouse la femme qu'il aime et s'installe avec elle rue Gustave-Flaubert, dans le centre d'Alger. Michèle Audin collecte, questionne, observe - à bonne distance : ni trop près ni trop loin. Elle étale, sous nos yeux, ce qu'on a dit de lui, ce qu'elle a entendu, les traces qu'il a laissées, ce qu'elle aimerait se rappeler. " J'aimerais lui connaître des défauts ", lâche-t-elle. Quant à ses propres souvenirs, " intimes, précieux, futiles et pesants, fugaces et tenaces ", elle les garde pour elle, afin qu'ils restent " intacts ". Nous la regardons regarder. Jusqu'à ce qu'elle réussisse, comme on déterrerait un trésor, à mettre au jour, non pas le visage d'un héros, mais une lumière lointaine et chaude - celle d'une étoile morte, le sourire d'un gamin, d'un jeune homme, qui brille encore.

La revue de presse : Claire Devarrieux - Libération du 10 janvier 2013

«Ici, vous n'apprendrez rien de nouveau sur cette affaire», écrit Michèle Audin dans le livre qu'elle consacre à son père, Une vie brève. «Maurice Audin avait vingt-cinq ans en 1957, il a été arrêté au cours de la bataille d'Alger, il a été torturé par l'armée française, il a été tué, on a organisé un simulacre d'évasion et fait disparaître les traces de sa mort, comme l'a établi l'enquête menée par Pierre Vidal-Naquet en 1957-58.» Josette Audin, sa femme, n'a cessé de réclamer que la vérité soit dite. L'actualité de son combat fait l'objet de mainte «page ouèbe», selon l'orthographe choisie par sa fille, qui est membre de l'Oulipo (le club de Raymond Queneau) en plus de mathématicienne. François Hollande a promis l'ouverture des archives militaires, après que Nicolas Sarkozy n'a pas répondu à une lettre de la veuve de Maurice Audin. A la suite de quoi, en 2009, Michèle Audin a refusé la Légion d'honneur qui lui était décernée. «Une "vie brève", c'est une courte biographie», écrit-elle sur son site internet de professeur à l'université de Strasbourg, à propos d'un des nombreux mathématiciens du XXe siècle qu'elle a biographés avant d'accepter que son père rejoigne cette confrérie qu'elle croyait purement professionnelle. Son livre s'appelle Une vie brève parce que c'est la réalité.

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires