"Les embarras de l'identité" de Vincent Descombes chez Gallimard (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Les embarras de l'identité
Les embarras de l'identité — Le choix des libraires

Résumé

L'identité, dans les acceptions que ce terme revêt aujourd'hui, est une véritable énigme lexicale : elle désigne tout autant l'objet de contrôles sécuritaires policiers, un retour à la religion de ses parents, que, dans un guide touristique, la spécificité en voie de disparition d'un quartier. Reprenons. «Qui suis-je ?», «Qui sommes-nous ?», ce sont là ce qu'on appelle précisément des «questions d'identité».
Nous comprenons spontanément de quoi il retourne parce que nous disposons d'un modèle : connaître l'identité de quelqu'un, c'est savoir comment il s'appelle. Toutefois, lorsque la question de l'identité est posée à la première personne, mon intention n'est pas d'apprendre quels sont mes nom, prénoms et qualité, comme si je devais passer un «contrôle d'identité». Que signifie le mot dès lors qu'il est utilisé avec le possessif («mon identité», «notre identité») et qu'il ne désigne pas l'énoncé d'un état civil ? Jadis le mot voulait dire exclusivement qu'il n'y a qu'une seule et même chose là où on aurait pu penser qu'il y en avait deux.
Or, depuis quelques dizaines d'années, le mot a revêtu une signification autre, à savoir qu'il y a une chose ou un être qui possèdent la vertu d'être singulièrement eux-mêmes. Ainsi, que des guerres puissent éclater pour des questions qui ne relèvent pas strictement des intérêts matériels bien compris des antagonistes, nul ne saurait s'en étonner, sinon ceux qui nourrissent une conception utilitariste étriquée de l'être humain.
En revanche, pourquoi est-ce le mot «identité» qui se trouve désormais chargé de signifier l'enjeu et l'objet de tels conflits ? Tel est donc le point précis soulevé par Vincent Descombes : dans tout cela, que vient faire le mot «identité» ? Et que reste-t-il du concept d'identité ?

Le philosophe Vincent Descombes est né en 1944. Il est spécialiste de la philosophie du langage et de la philosophie de l'action. Directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, il est aussi membre associé de l'Institut Jean-Nicod. Il a reçu le Grand Prix de Philosophie en 2005. De lui, les Editions Gallimard ont déjà publié Le complément du sujet.

La revue de presse : Jean-Marie Durand - Les Inrocks, mars 2013

Des méandres de sa réflexion, aussi logique qu'exigeante, se dégagent quelques idées fortes. La plus évidente : l'identité au sens moral est «forcément plurielle». Personne n'est réductible à une seule qualité. «Une seule identité, c'est le fanatisme ou l'intégrisme ; plusieurs identités, c'est le début du pluralisme.» La fameuse «crise d'identité» s'enracine dans cette pluralité, incarnée par la figure d'Hamlet...
Embarrassante parce que mobile, contraignante parce que nécessaire à construire par soi-même, mouvante parce que relationnelle, élastique parce que dispersée entre la conscience de soi et le regard des autres, l'identité échappe à tout effort visant à en figer les contours. C'est cet embarras qui en fait le prix et le danger.

La revue de presse : Eric Aeschimann - Le Nouvel Observateur du 14 février 2013

Loin d'être un fait de nature, l'identité est une construction, une façon moderne d'éprouver «sa propre humanité», une tradition imaginaire qui «ne peut être transmise sans être en même temps altérée, renouvelée, transformée».
Voilà pourquoi, à la crispation identitaire, il faut opposer non les sermons vertueux sur l'identité plurielle, mais plutôt l'excitation de l'identité véritable, celle qui change, qui se trouble, qui nous trouble : une identité à inventer chaque jour.

La revue de presse : Robert Maggiori - Libération du 28 février 2013

Mais l'arc de l'identité ne s'arrête pas à l'identique : il va jusqu'à l'identitaire. Alors de quoi parle-t-on quand on parle de relation d'identité, de contrôle d'identité, de crise d'identité, d'identité nationale, ou du quartier de San Lorenzo, à Rome, dont un guide touristique dit qu'il a «le mieux conservé son identité» ? Assurément, une enquête est nécessaire : et il n'en est pas de plus minutieuse et pertinente que celle que mène, avec les armes de la logique et de la philosophie de style analytique, Vincent Descombes dans les Embarras de l'identité. La notion apparaît au philosophe bien suspecte, au début : aussi est-ce en fin limier qu'il procède, sans être guidé par des préjugés, mais - à travers Pascal, Wittgenstein, la psychanalyse d'Erik Erikson (qui inventa la notion de «crise d'identité»), la psychologie morale, l'anthropologie culturelle, Amartya Sen, Locke, Hegel, Rousseau, Louis Dumont, Cornelius Castoriadis... - en reprenant les définitions, les valeurs, les connotations de l'identité, en les réfutant une à une, jusqu'à trouver «quelque chose» qui la légitime et en fasse une entité instituante, capable de «représenter un groupe humain comme le sujet de son histoire».

La revue de presse : Juliette Cerf - Télérama du 30 janvier 2013

S'armant de cas concrets, Vincent Descombes, philosophe du langage, secoue le concept d'identité dans tous les sens. Et nous avec...
L'auteur excelle à montrer combien l'identité est paradoxalement toujours plurielle ; à l'instar du fleuve qui ne change pas malgré l'écoulement et le renouvellement de ses eaux, l'identité permet à l'individu de demeurer le même au fil de son histoire personnelle, au-delà du vieillissement et des changements qui affectent sa vie - le nom propre, gardé de l'enfance jusqu'à la mort, jouant là un rôle puissant, inconscient, quasi magique...
Tout au long du livre, la teneur conceptuelle du propos se voit contrebalancée par la richesse des exemples concrets. Les scénarios fourmillent, passionnants cas de philosophie pratique : à qui s'adresse donc Harpagon, l'Avare de Molière ? Au cocher ou au cuisinier qu'est en même temps Maître Jacques ? Un évêque baron, et marié en tant que baron, est-il en règle avec son voeu de célibat ? L'Athènes démocratique doit-elle rembourser les dettes contractées au temps de l'Athènes des tyrans ? Autant de conflits qui culminent dans la crise d'identité majeure vécue par Hamlet, écartelé entre son devoir de fils et ses aspirations d'individu moderne. To be or not to be, être ou ne pas être soi-même.

La revue de presse : Roger-Pol Droit - Le Monde du 24 janvier 2013

Dans un essai clair et incisif, le philosophe dénoue l'imbroglio des sens attribués à la notion, de l'état civil à l'obsession communautaire...
Au terme du parcours, aussi éclairant qu'exigeant, et mené de main de maître, le lecteur aura effectivement des idées en plus et des embarras en moins - ce qui est sans doute la façon philosophique d'être un peu plus soi-même.

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