"Les nuits mélangées" de Léa Lescure chez Kero (Paris)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Les nuits mélangées
Les nuits mélangées — Le choix des libraires

Résumé

«Ses yeux mi-clos détaillaient machinalement les petites moisissures de la poutre en bois. Elle pensait aux sexes d'avant cette nuit en stop. Les sexes cajolés, les sexes pour voir, les sexes amadoués. Même les sexes imaginés. Était-ce les trahir ? Elle les épinglait dans sa mémoire par ordre d'apparition, côte à côte comme une patère. On/off, à l'unisson ou en domino. Où fixera-t-elle ceux qui achèteront leurs droits ?»

Un premier roman magnifique où désir et sexe se cherchent sans jamais se rencontrer et les corps se consomment, désincarnés.
Le roman d une jeunesse aveuglée par sa propre lucidité.

Léa Lescure a été danseuse contemporaine ; elle a fait son apprentissage dans la compagnie de Merce Cunningham et a dansé sur de nombreuses scènes : New York, Berlin, Paris...
En plus de son activité de journaliste, elle co-écrit actuellement un long-métrage.

Courrier des auteurs le 01/05/2013

Qui êtes-vous, Léa Lescure ?
J'ai 27 ans, je suis eurasienne, née du grand écart social d'une mère fille d'ambassadeur et d'un père fils d'ouvrier. J'ai été une adolescente précoce et énervée, puis une étudiante du bout des doigts à Paris; une danseuse contemporaine acharnée à Berlin et à New York; une journaliste pigiste tâtonnante à mon retour à Paris en 2011. Ensuite, j'ai écrit ce premier roman, Les Nuits Mélangées, et je compte bien en écrire beaucoup d'autres. Depuis quelques mois, je co-écris un long métrage avec Stéphane Vuillet dont le premier film, 25° en hiver, a été présenté en compétition à la Berlinale en 2004.

Quelles influences revendiquez-vous ?
En khâgne et à la fac, j'ai été biberonnée au féminisme d'Elizabeth Badinter, et à la critique des institutions de Michel Foucault : ce furent mes premiers outils de pensées. En termes de littérature, j'ai beaucoup d'admiration pour les écritures ciselées d'Heiner Müller et de Sarah Kane, et l'humour d'Eduardo Mendoza. Mais d'une manière générale, j'ai surtout été profondément marquée par l'extrême précision, la rigueur et les accidents de beauté qui se dégagent du travail de Merce Cunningham, auprès de qui je me suis formée en danse, à New York.

Le livre raconte l'histoire de Manon, une jeune étudiante qui dérive par ennui vers la prostitution. Ce livre est-il une pure fiction ?
Les Nuits Mélangées n'est pas un reportage : je n'ai pas traversé ce que vit Manon, le personnage principal. C'est en revanche une fiction très inspirée de choses vues, de confidences, et de personnes rencontrées. A 15 ans j'étais en terminale, j'étais émancipée, je suis partie de chez moi et me suis retrouvée dans le monde de la nuit et de la défonce, le vrai, celui qui se prolonge toute la journée. Parmi les gens avec qui je faisais cette fête qui n'en finissait jamais, il y avait toujours des garçons et des filles qui se prostituaient, dans tous les cadres imaginables, de la rue aux soirées privées du 8ème. Très tôt, ces rencontres et ces amitiés ont déconstruit un à un tous les a-prioris sur la prostitution que porte l'environnement bourgeois du lycée rive gauche où je grandissais. Un peu plus tard, pendant mes études en danse contemporaine, j'ai fait du strip-tease pour payer mon loyer. Mes collègues des clubs de strip-tease à Paris et à Bruxelles pratiquaient souvent une activité mixte, mi-danse, mi-passe. Dans les clubs comme celui du roman, Le Cheval de Feu, tout se passait devant moi, qui étais payée pour cabrioler au loin sur la barre verticale. Parmi toutes ces rencontres, il y a eu des amitiés très fortes, qui m'accompagnent encore aujourd'hui. Je voulais partager cet univers, et aborder de manière frontale une forme de prostitution, sans explications psychologisantes, ni intellectualisation. Dans Les Nuits Mélangées, on cueille Manon à sa première passe, on la quitte à un moment et entre-temps, on ne la regarde pas : on est avec elle.

Quand avez-vous commencé à écrire Les Nuits Mélangées ?
C'est un livre que je porte depuis longtemps, mais j'étais trop accaparée par la danse. Et puis je n'ai plus trouvé mon compte à danser, d'un coup, comme un désamour. Je suis rentrée en France après 7 ans à l'étranger, en plein débat sur la pénalisation des clients de prostitué-e-s. J'ai été surprise et choquée du carcan moral des arguments. Je continue à l'être face aux discussions sur le mariage, l'adoption et la PMA homo. De loin, j'avais fantasmé une image moins cul-serré, plus libertaire des problématiques de société en France. Pour Rue89, j'ai fait une série d'articles sur la prostitution en hiver 2011. C'était un premier pas vers le roman, mais dans les articles, la prostitution n'était qu'un objet politique. Or c'est une expérience de corps, de rencontres, et de négociation du désir; c'est ce que je voulais raconter.

Quel lien entretenez-vous, maintenant, avec le monde de la nuit ?
Un lien beaucoup moins ténu. Par périodes, je fais des incartades de quelques semaines, quand je n'arrive plus à vivre des choses le jour, comme une parade à l'apathie.

La revue de presse : Léa Lejeune - Libération du 20 juin 2013

Journaliste à la ville, Léa Lescure réalise une fiction sur un univers familier : elle-même a fréquenté ces clubs de joie, pas si gais. Pourtant, son ton n'est jamais plaintif. Si sa plume tâtonne encore, ce premier roman est intriguant.

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