"La République et le cochon" de Pierre Birnbaum chez Seuil (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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La République et le cochon
La République et le cochon — Le choix des libraires

Résumé

Nourritures halal et casher ont été montrées du doigt comme «anachroniques» pendant la dernière campagne présidentielle. Le cochon comme symbole d'une identité nationale menacée a surgi dans les discours politiques, cristallisant les crispations nationalistes.
Dans cet essai original et stimulant, Pierre Birnbaum revient aux origines de la question de la table partagée dans la République. Faut-il manger les mêmes plats à la même table pour être de bons citoyens ?
À l'époque des Lumières, Voltaire, Mendelssohn, l'abbé Grégoire ou Clermont-Tonnerre en débattent gravement : les Juifs peuvent-ils devenir citoyens alors qu'ils refusent bien souvent de consommer du cochon ? La Révolution rêve d'une immense table fraternelle où communieraient tous les citoyens et multiplie les banquets. La question rebondit à la fin du XIXe siècle au sein du monde juif en voie d'assimilation : faut-il renoncer à des rites d'un autre temps pour entrer dans la modernité et participer à la convivialité démocratique ?
D'une époque à l'autre, de la Révolution française à la IIIe République et à Vichy, cette question peu connue a soulevé discussions, incompréhensions, rejets et propositions, dans des termes qui résonnent fortement avec les débats d'aujourd'hui.
Ce retour vers le passé permet de comprendre l'origine des visions exclusives de la nation, mais aussi de redécouvrir les pratiques d'une République qui a su se montrer ouverte aux accommodements.

Pierre Birnbaum est historien et sociologue. Professeur émérite de sociologie politique à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, il a récemment publié Les Deux Maisons. Les Juifs, l'État et les deux Républiques (Gallimard, 2012).

Courrier des auteurs le 13/04/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis Professeur émérite de sociologie politique à l'Université Paris 1. J'ai travaillé sur la construction de l'État à la française et sa conception de la citoyenneté en analysant dans ce sens la naissance des Fous de la république que sont les Juifs d'État.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'idée que l'espace public à la française repose sur une conception unanimiste de la nation qui régénère les citoyens en leur demandant, au nom de la raison, d'abandonner leurs valeurs propres. Dès lors, le partage de la table joue un rôle symbolique essentiel, les citoyens y mangent ensemble le même menu composé fréquemment à base de cochon. Les citoyens qui ne le consomment pas dans le respect de leurs croyances se trouvent excluent. A partir de l'exemple des Juifs, je montre qu'ils ont su trouver des accommodements avec ce rêve républicain.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Cette nation de citoyens d'une république universaliste qui, de 1789 à la III è République, banquettent joyeusement dans d'interminables agapes collectives où l'on sert bien souvent du cochon, cette nation rétive au maintien de tout particularisme culturel, quelle place peut-elle accorder aux lois alimentaires particulières....peut-on imaginer de partager la table commune tout en consommant des plats qui peuvent parfois ne pas être semblables, N'est-il pas urgent d'éviter les enfermements communautaires qui brisent la citoyenneté commune ? la table ne peut qu'être partagée dans le respect de chacun»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un quatuor de Beethoven.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'idée d'une République d'autant plus forte et fidèle à ses valeurs qu'elle reconnaît l'entière citoyenneté de l'Autre.

La revue de presse : Marc Semo - Libération du 11 avril 2013

L'intégration face à la symbolique du cochon depuis la Révolution...
«En son nom, on exclut, du moins symboliquement, ceux des citoyens qui se refusent à le consommer dans le respect de leurs prescriptions religieuses», note Pierre Birnbaum dans un essai d'autant plus d'actualité que le cochon est devenu l'emblème du refus de la viande halal et cacher...
Pierre Birnbaum, sociologue et historien, professeur émérite à la Sorbonne, revient avec ce texte aussi incisif qu'érudit aux origines de la question de «la table partagée» dans la République...
Ce modèle de l'intégration républicaine à la française est désormais en crise au moins depuis une vingtaine d'année. Les polémiques sur l'abattage rituel et le retour du cochon comme marqueur symbolique témoignent d'un malaise croissant dans une France par ailleurs de plus en plus pacifiée quant aux querelles idéologiques ou de mémoires. D'où l'interrogation angoissée de Pierre Birnbaum : «Les "guerres franco-françaises" d'antan seraient-elles révolues, laissant place au seul refus de l'Autre, à la seule exclusion de tous les citoyens considérés comme indécrottablement autres en dépit de leur profonde intégration à la nation et du plein exercice de leurs obligations civiques ?» Il propose donc des «accommodements raisonnables» et une laïcité plus ouverte.

La revue de presse : Jean-Maurice de Montremy - Le Journal du Dimanche du 31 mars 2013

Il traite ici d'un des paradoxes de la laïcité française : le refus d'admettre, au nom de l'universalisme, les rites et les comportements religieux publics, même lorsque ceux-ci n'impliquent aucun prosélytisme...
Relisant les grands penseurs du judaïsme des Lumières, comparant notre pratique de la laïcité, trop théorique, à celle des Anglo- Saxons, plus pragmatique, Pierre Birnbaum plaide pour ce que les Québécois nomment l'"accommodement raisonnable". Il s'agit non pas de fulminer des interdits ou des exclusions mais de pratiquer au cas par cas, sans nuire au bon fonctionnement collectif, un "pluralisme respectueux de la laïcité". Conjuguant la passion, l'ouverture d'esprit et l'humour, Pierre Birnbaum ouvre, sans emphases, quelques chemins à la sagesse.

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