"Une faiblesse de Carlotta Delmont" de Fanny Chiarello chez Ed. de l'Olivier (Paris, France)

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Une faiblesse de Carlotta Delmont
Une faiblesse de Carlotta Delmont — Le choix des libraires

Résumé

En avril 1927, alors qu'elle vient de triompher dans sa première Norma parisienne, Carlotta Delmont disparaît. Fugue, suicide, enlèvement ? Pendant deux semaines, la police, la presse, le public et les proches de la cantatrice américaine s'interrogent. Jusqu'à ce qu'elle reparaisse et que leurs interrogations se reportent sur les raisons de sa fuite. Où était-elle pendant tout ce temps ? Avec qui ?

Carlotta a fait l'objet de tant de commentaires et de théories qu'elle est devenue, à son corps défendant, une légende vivante à la croisée des regards et des désirs. Elle va payer très cher son moment de faiblesse et devoir sacrifier une part d'elle-même pour sa liberté, à l'image de ses héroïnes préférées.

Fanny Chiarello est née en 1974 et vit à Lille. Elle a publié en 2010 L'éternité n'est pas si longue aux Éditions de l'Olivier.

Courrier des auteurs le 02/03/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Dans le monde diurne, je suis chaque personnage auquel je prête ma voix. Je suis donc extrêmement protéiforme. Le soir, je suis aussi une fiancée, une amie et une parente. Parfois je me laisse aller à croire que je suis ce que j'aime, mais ça, ça vient de ma difficulté à différencier le réel de mon imaginaire et ce qui le nourrit.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La fabrication de la légende. Ou bien l'amour impossible. Les deux sont d'ailleurs liés puisque aux yeux de mon personnage principal, l'amour même est un mythe.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Tout ce dont je parle disparaît". Parce qu'elle est courte. Mes vraies préférées sont très longues et s'appuient sur leurs voisines, de sorte qu'il serait frustrant d'en isoler une pour répondre à cette question.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'air de Mimi dans la Bohème de Puccini.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
On ne partage rien avec les lecteurs : on leur donne quelque chose d'intime, et ils le déforment au prisme de leurs propres structures mentales, de la même manière qu'ils cornent et annotent les livres. Tiens, c'est peut-être précisément cette liberté qu'on leur laisse, que l'on partage avec eux...

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Un jour classique, je travaille de 9 h à 18 ou 19 h ; j'ai le bureau de mes rêves au premier étage de ma maison et je m'y sens mieux que n'importe où ailleurs pour écrire, mais quand je suis en déplacement j'ai recours au carnet (je n'ai pas d'ordinateur portable, je voyage suffisamment lourd pour m'épargner ce fardeau supplémentaire) ; je choisis la musique en fonction de ce que j'écris (la plupart du temps c'est de l'opéra) ; je bois des litres de thé ; j'ai de l'arthrite dans l'épaule droite à cause de la souris.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Je ne crois pas à l'inspiration, mais à l'observation et aux obsessions. Je travaille toujours sur mes obsessions, je serais incapable d'écrire une ligne sur un sujet qui ne m'empêcherait pas de dormir.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Dès que j'ai appris à écrire, au CP, j'ai commencé à gribouiller des poèmes, des débuts de roman et des textes courts dans lesquels on trouve déjà mes thèmes de prédilection - ce genre de texte où tout le monde est réuni et mange des crêpes.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Alice au pays des merveilles est assurément le livre qui m'a le plus marquée, enfant, et que je relis toujours avec bonheur.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Nous sommes multifonctions. Nous perpétuons la race des écrivains : un écrivain est souvent un être fragile et inadapté que la lecture a sauvé, enfant, et dont les livres à leur tour sauveront d'autres êtres fragiles et inadaptés qui deviendront eux-mêmes écrivains, ou lecteurs, ce qui n'est pas si éloigné. Nous sommes des infirmiers de l'affect. Nous proposons des mondes parallèles à ceux qui ne se sentent pas tellement à leur place dans le monde dit réel. Nos livres vous permettent aussi de caler les meubles bancals ; ainsi dira-t-on : "Pour cette table, il faudra au moins deux tomes de Proust" (nous vous conseillons dans ce cas de changer le pied défaillant), ou à l'inverse, "Un Beckett fera l'affaire".

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Hélas, les deux tiers des livres dont j'ai besoin pour ma documentation ne sont plus édités. Mais je ne peux pas passer devant une librairie sans avoir envie d'y remplir un cabas ou deux.

La revue de presse : Hubert Artus - Lire, avril 2013

Une faiblesse de Carlotta Delmont, son dernier roman, est une chronique des Années folles, avec une héroïne hors du commun...
Pris dans un labyrinthe où presque chaque pas est une surprise, le lecteur se laisse conduire au bout d'un suspense où il sait être amené...
Protéiforme, le livre ne fait jamais dans le chichi, et laisse au lecteur le soin de forger sa propre opinion sur l'héroïne, sur son geste, mais aussi sur l'époque. Un roman d'une subtilité envoûtante.

La revue de presse : François Busnel - L'Express, mars 2013

Quel livre ! Avec Une faiblesse de Carlotta Delmont, Fanny Chiarello signe un petit bijou. En avril 1927, la cantatrice américaine Carlotta Delmont triomphe dans Norma, de Bellini, au Palais Garnier. Mais après une semaine passée dans sa chambre du Ritz, clouée au lit par une mauvaise grippe, la diva est prise par un mal qui ressemble moins au manque ou à la solitude qu'à l'une de ces nostalgies dont on ignore l'objet. Le lendemain, elle disparaît...
L'histoire est riche en rebondissements. Mais, surtout, Fanny Chiarello réussit un tour de force en dressant le portrait en creux d'une femme prise à un moment bien particulier de son histoire. Ce moment où tout peut basculer...
Magnifique.

La revue de presse : Eric Chevillard - Le Monde du 7 février 2013

C'est réussi. Fanny Chiarello, sans prétendre la dépouiller complètement de son mystère - car ce serait l'écorcher vive -, nous fait entrer dans l'intimité de sa cantatrice, personnage contradictoire qui semble considérer que la vie a davantage de réalité et d'intensité sur la scène, où elle interprète les rôles les plus poignants du répertoire, que dans l'ordre décevant de ses jours...
Une brève pièce de théâtre inspirée par l'histoire de Carlotta constitue l'avant-dernier chapitre de ce roman très savamment construit puisque le lecteur y est instruit de la suite des événements. Un masque de plus pour l'interprète de Norma, Carlotta, rebaptisée Miranda par l'impudent dramaturge et qui, dans un épilogue désenchanté, sous le pseudonyme de Magda, tâchera de survivre à sa légende en se produisant dans des théâtres minables en compagnie de saltimbanques de second ordre. Autant de noms, autant de rôles, mais une seule femme, incapable de se satisfaire de la médiocrité du réel, jalouse de ces belles héroïnes qui " refusent de négocier avec lui leur destin ", amèrement punie pour avoir, un jour dans sa vie, voulu leur ressembler encore, une fois la représentation finie.

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