"Angle mort" de Ingrid Astier chez Gallimard (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Angle mort
Angle mort — Le choix des libraires

Résumé

«Les armes, c'est comme les femmes, on les aime quand on les touche.»
Diego est braqueur, né à Barcelone. Il vit à Aubervilliers, dans une hacienda délabrée, avec son frère Archibaldo et des souvenirs. Leur soeur, Adriana, a fait d'autres choix. Artiste au cirque Moreno, elle rêve d'accro cher son trapèze à la tour Eiffel.
À Paris, un braquage que la police surveillait pour obtenir le flagrant délit tourne au massacre. La traque est lancée, du quai des Orfèvres au canal Saint-Denis, du port de l'Arsenal aux replis secrets d'Aubervilliers. La brigade criminelle du 36 et le 2e DPJ enquêtent. Les commandants Desprez et Duchesne, aidés de la Fluviale, essaient de démêler les fils. Un nom finit par tomber : Diego. Entre flingages et virées nocturnes Diego garde toujours un temps d'avance. Comment piéger celui que rien n'arrête ?
Tandis que l'enquête progresse, aussi implacable que le destin, des histoires cristallisent et les sentiments viennent bouleverser les liens de sang. Une tragédie effrénée, où rayonne le soleil noir de la liberté.

Ingrid Astier vit à Paris. Révélée par Quai des enfers (prix Paul Féval de la Société des gens de lettres, prix Lafayette, prix Polar en plein coeur, prix Sylvie Turillon), elle poursuit avec ce roman une fresque dédiée à Paris et à la Seine. Elle est la marraine de la brigade fluviale.

Courrier des auteurs le 14/03/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis écrivain, et la vie de mes livres prend toute ma vie. Je suis une amoureuse - j'aime les mots, un chevalier - je pars en croisade pour l'imaginaire, et un traqueur - je capture des expressions. Mon plus grand plaisir est de disparaître derrière mes personnages. Ils sont ma forêt.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Angle mort est l'histoire contemporaine de deux frères, Diego et Archi, braqueurs, et de leur soeur trapéziste Adriana, «la petite mésange». Entre eux, ils se surnomment «les voleurs et la volante». Diego et Archi habitent Aubervilliers, dans une hacienda délabrée, Adriana au cirque Diana Moreno. C'est un roman sur le prix de la liberté, sur fond de romantisme noir. Quant aux ambiances, il faut imaginer le modèle de la tragédie grecque, croisé avec le western urbain...

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La première, sans hésiter : «Les armes, c'est comme les femmes, on les aime quand on les touche.» Elle montre que mon travail exige de quitter ma voix, au profit des personnages. Cette voix doit m'habiter, m'infuser, m'obséder, jusqu'à dissoudre les frontières avec chaque personnage. Le moment où ils viennent vers moi tient de la grâce.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Mon univers est fait de télescopages. Alors, disons le 3e mouvement du Cello concerto E-minor de Vivaldi, pour sa splendeur enténébrée. On l'entend dans Barry Lyndon... Adriana, la trapéziste qui rêve d'accrocher son trapèze à la tour Eiffel, est pétrie de force, de grâce... et de nostalgie. Pour Diego, «Frank, AB» de The Rural Alberta Advantage, qui ressemble à un saut en parachute avec la griserie du vent. Diego est un cowboy moderne, il a le goût des grands espaces, il veut être libre, pour l'éternité. Quel que soit le prix à payer.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La vie par procuration de mes romans. Si je passe plusieurs années à m'imprégner de tous les milieux de mes fictions, c'est pour promettre au lecteur cet ailleurs. Je me sers du réalisme pour qu'il prête sa chair à l'imaginaire. Le temps d'un roman, j'invite le lecteur chez moi. Un chez moi sans feu ni lieu, avec vue sur la rencontre insensée du fantasme, du réel et du rêve.

La revue de presse : Yann Plougastel - Le Monde du 18 avril 2013

Pour son deuxième roman, Ingrid Astier met la brigade fluviale de Paris sur les traces de drôles de braqueurs-tueurs. Sec, précis et lumineux...
Le soin des détails et, plus sûrement encore, le style sec et précis, qui transforme une course-poursuite sous le tunnel du port de l'Arsenal en une épopée effrénée et une scène d'amour dans la salle des machines d'une péniche en une tragédie classique, confèrent à l'ensemble une couleur très particulière. En voulant sonder l'envers du grand banditisme, Ingrid Astier a réussi un roman, certes ambitieux, mais surtout lumineux.

La revue de presse : Roger Martin - L'Humanité du 11 avril 2013

Avec maestria, sans embellissement épique ni dénigrement racoleur, Astier a choisi de présenter trois semaines d'affrontement à Aubervilliers entre un jeune hors-la-loi rageur et suicidaire et des policiers coriaces. Magistralement mise en scène, la cité chère à Daeninckx a vu, avec la disparition de ses usines et d'une classe ouvrière organisée, les solidarités se dissoudre dans les égoïsmes individuels et la volonté de s'en tirer contre plutôt qu'avec...
Ingrid Astier a trente-sept ans, elle est française. Son roman, magistral, évoque pourtant les chefs-d'oeuvre du cinéma américain noir des années quarante...

La revue de presse : Sébastien Lapaque - Le Figaro du 21 février 2013

Dans cet univers reconstitué avec un soin maniaque, ses personnages évoluent avec un naturel confondant, restituant les grandeurs et misères de l'humanité contemporaine de part et d'autre du périphérique nord parisien dans les premières années du XXIe siècle...
Déclinaison française du police procédural, une variété de fictions de mystère mettant en scène le travail des forces de police dans leurs investigations criminelles, Angle mort frappe par la netteté de son style, la précision souveraine de son déroulement, la puissance de ses sombres images et la hauteur de son ambition.

La revue de presse : Jean-Pierre Perrin - Libération du 21 février 2013

Dans Quai des enfers (même éditeur), Ingrid Astier avait choisi d'explorer la Seine, ses rives, ses fantômes et ses tourbillons. Pour son deuxième roman, on retrouve les ponts de Paris, mais elle nous emmène aussi nous perdre dans la banlieue Nord, du côté du canal Saint-Denis. Ce n'est pas l'intrigue qui fait l'intérêt de son récit mais les personnages. On est avec les voyous et on s'y sent bien. On est tout autant avec les flics, où on ne se sent pas mal non plus. Quand ça cogne, ce n'est pas comme à la télé : on a l'impression de recevoir les coups. Pareil quand ça flingue...
On retrouve ici la méthode Astier : trois années d'immersion afin d'écrire dans la vérité. Celle des situations, des dialogues et, d'abord, des lieux : le marécage des cités, là où les flics reçoivent des bidets sur la tête, les commissariats plantés comme des avant-postes en territoire indien, les camps de Roms, dont les chefs roulent en Lamborghini qu'ils garent sur le terrain vague de la misère, les arrière-cours où prospèrent les trafics. Un temps avec la loi, un temps avec les hors-la-vie, du moins celle des gens sans casier judiciaire, on mesure au fil des pages les risques frôlés par la romancière qui nous donne en passant une leçon de journalisme sur le proche-lointain de la grande ville.

La revue de presse : - Le Canard enchaîné

Dans son "Angle mort" (Gallimard), Ingrid Astier fait d'un western en banlieue un sacré numéro de cirque...
Ce western a pour décor Aubervilliers. Pour ceux qui ont peur de se perdre dans cette cité riante de la petite couronne, une carte est fournie en guise de préface. Astier, elle, s'y est volontiers égarée. Elle a bien fait, évitant ainsi toute facilité, tout cliché colle a ces villes en marge forcement sinistres et déprimantes. Sans nier la violence de la réalité sociale, sans omettre la détresse de l'exclusion, elle débusque quelques moments d'humanité et de douceur, comme ce restau clandestin haïtien planqué sous un entrelacs d'autoroutes. C'est dans ces moments que le noir vire au rose. Mais toujours couleur sang.

La revue de presse : - Le Parisien

Si ce polar se révèle si singulier c'est parce que Ingrid Astier y décrit magistralement des ambiances, des lieux, et surtout la psychologie des policiers et des voyous avec un sens du détail qui tourne à l'obsession. Pour cela, elle s'est nourrie d'un travail de terrain méticuleux. L'écrivain a d'abord fréquenté assidûment des policiers, qu'elle a suivis lors de différentes opérations - parfois affublée d'un gilet pare-balles. «Après, je me suis dit que je devais faire la même chose du côté des voyous.» il fallait que je comprenne ce qui pousse un braqueur à agir, comment il se prépare, quelle est sa vie quand il rentre chez lui», poursuit Ingrid Astier. Alors, sur son vélo bariolé, la trentenaire est partie de nuit dans les cités de la banlieue parisienne. Elle y a rencontré, «par ricochet», des petits et grands braqueurs. Seule, armée uniquement de son «talisman», des menottes américaines sur lesquelles elle a fait incruster des strass. Et de sa sincérité, sa «meilleure protection».

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