"Ces choses-là" de Marianne Alphant chez POL (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

— 

Ces choses-là
Ces choses-là — Le choix des libraires

Résumé

Des bribes d'images, une culture, une emprise dix-huitième : libertinage, Encyclopédie, rococo, Terreur, il suffit de peu pour entrer dans ce champ magnétique - rossignols et guillotine, soupirs, ariettes, accents.
Vous me revenez par crises, madame l'Histoire. Rubans, moutons, musette et roseaux.
La veste rayée de Robespierre.
Le gobelet peint, le cruchon, l'oeillet, le petit oiseau mort sur le dos, pattes raidies, minuscule, ébouriffé.
Un excitant. Un petit transport.
Je n'ai pas votre ambition, madame l'Histoire, j'ai le détail.
Allez : de l'air, des riens.

Ce devait être un livre sur la légèreté, entrelaçant des figures dix-huitièmes : grâce et caprice, enchantement, libertinage, fêtes galantes, parcs et folies ; bonheur aussi, cette idée neuve. Mais l'exaltation d'un siècle aérien est sans cesse menacée par le retour d'un dix-huitième plus noir et plus terrible. Le siècle est trouble, il faut choisir, mais la narratrice hésite, tour à tour tentée par le frivole et par l'héroïque. La vie de Casanova ou celle de Robespierre ? Un lit de Fragonard ou des scènes d'échafaud ? L'herbier de Rousseau ou l'exhumation des tombeaux de Saint-Denis ?
Watteau, Crébillon, Sade, Mesmer. Le parc d'Ermenonville et la prison du Temple. Tiepolo, Marivaux, Chardin, Danton. La narratrice entre dans le dix-huitième, il se diffuse en elle comme une drogue ou un poison ? chaud, inouï, parfois terrible mais, l'époque le veut, toujours sensible.
Impossible surtout d'aborder le dix-huitième et ses contradictions, sans avoir affaire à l'Histoire ? une Histoire qui n'aime pas qu'on vienne en amateur sur son terrain. La narratrice n'est pas à la hauteur : elle bifurque, elle flotte, elle ne s'intéresse qu'à des détails, l'Histoire s'impatiente et le lui fait sentir.
Le récit, la chronologie, les détails : autant d'occasions de conflit entre l'Histoire et son apprentie, cette narratrice égarée parmi les petits faits, les pompons, la porcelaine, les souvenirs qui lui reviennent d'un dix-huitième qu'elle n'a pas connu mais qui l'accompagne comme le secret d'une vie.
Ce n'est pas un livre léger, finalement ? il court après l'époque, s'accroche à des détails, ne ressemble à rien. Sinon à l'esprit même, à sa pensée volante, fragile, somnolente, tenace, livrée sans résistance à de très anciens affects.

La revue de presse : Florent Georgesco - Le Monde du 14 février 2013

Dans le délectable " Ces choses-là ", Marianne Alphant raconte le XVIIIe siècle par les détails négligés, les angles morts de l'Histoire. Il faudrait pouvoir fredonner Ces choses-là. Plutôt que de le résumer, être capable de rendre la mélodie entêtante de cet éloge obsessionnel, émerveillé, du XVIIIe siècle. Certains livres sont des chansons, quelques notes légères qu'on croyait destinées à passer, et qui vous trottent longtemps dans l'esprit, ravissement estompé qu'il ne faut pas laisser se perdre. Leur réussite est de ne vous avoir emmené nulle part qu'en vous-même, de ne vous avoir rien dit d'autre que ce que vous saviez déjà ; et pour autant tout est soudain plus aérien, plus vif, tout danse en vous avec un bonheur nouveau...
Que le bonheur de lire Ces choses-là soit aussi grand, que l'air qu'il nous a chanté à l'oreille nous charme autant, ne tient sans doute à rien d'autre qu'à un art que Marianne Alphant porte très haut : l'art magique de donner une forme inoubliable à cette grâce de la vie, de toute vie, à cet entrelacs éblouissant des riens qui nous constituent, et que nous sommes.

La revue de presse : Alain Nicolas - L'Humanité du 7 février 2013

«Installe-toi dans l'époque», nous invite Marianne Alphant. Nous sommes avertis, dès les premières pages de ce carnet de voyage au coeur (le mot tombe juste, c'est d'un voyage sentimental qu'il s'agit) du dix-huitième. Il est clair qu'on « cherche à se placer pour sentir ces ondes dix-huitième ». Le livre tout entier est la chronique d'une exploration, d'une errance, d'une promenade dans ce temps de douceur de vivre et de terreur. Pourquoi le dix-huitième  ? Marianne Alphant nous laisse répondre...
Peut-être aussi, pour ceux qui aiment lire, parce que c'est l'époque des confidences et des confessions, des rêveries, des promenades. Le temps de Rousseau, dont la « mélodie des Charmettes » va courir tout au long des pages de ce livre, même quand la présence insistante de Casanova, de Sade ou de Kant l'aura éclipsé.

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires