"Vieillir, dit-elle : une anthropologie littéraire de l'âge" de Martine Boyer-Weinmann chez Champ Vallon (Seyssel, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Vieillir, dit-elle : une anthropologie littéraire de l'âge
Vieillir, dit-elle : une anthropologie littéraire de l'âge — Le choix des libraires

Résumé

À quel âge est-on vieille aujourd'hui ? Comment les femmes perçoivent-elles l'effet de seuil au processus ? Si Balzac périmait nos aïeules à trente ans, la réalité perçue par les intéressées s'avère moins tranchée : George Sand septuagénaire encourage son «vieux troubadour» déprimé de Flaubert à patienter jusqu'à ce «plus bel âge de la vie» pour accéder au bonheur. Duras se dit vieille à dix-huit ans, Beauvoir s'étiole dans ses vingt, avant de vivre l'itinéraire à rebours. Leurs cadettes sénescentes confient désormais à leurs journaux intimes l'émoi de leurs reverdies successives et se sentent assez gaillardes pour renouveler leur jouvence jusqu'au marathon final.
Face à la parole des anthropologues, philosophes, gérontologues et autres psychologues, les femmes écrivains (Beauvoir, Cannone, Cixous, Detambel, Duras, Ernaux, Huston, O'Faolain, Rolin...) libèrent au XXIe siècle une énergétique de crise aux antipodes des idées reçues. Vieillir est bien un art du temps, avec ses ruses, ses foucades et ses têtes à queue turbulents. C'est aussi une affaire de style existentiel et d'intelligence du rapport au monde, auquel l'écriture confère une griffe complice.
Le lecteur est convié dans cet essai de gai savoir à une anthropologie littéraire de l'âge au féminin, depuis l'effroi de la première ride jusqu'aux surprises ultimes de la connaissance de soi.

M. B.-W.

Martine Boyer- Weinmann, normalienne, agrégée de lettres classiques, est maître de conférences en littérature française à l'université Lumière-Lyon 2.

Courier des auteurs le 06/02/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Une optimiste lucide par appétit et curiosité de vivre, par refus des déterminismes, par cet emportement fougueux exprimé jusqu'au bout par un Aragon de toujours "désespérément croire".

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Cet essai questionne sans tabou le processus vital du vieillissement contemporain à la lumière de la littérature, plus particulièrement féminine. Il bouscule le stéréotype gémissant du "déclassement psycho-affectif "et invite à repenser les émotions (pas toutes tristes), les valeurs (notamment créatrices), les apprentissages du temps (souvent intenses) dans la perspective de "reverdies" ou renaissances successives.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Les hommes et les femmes sont-ils égaux devant la belle vieillesse, et pourquoi dit-on si facilement "beaux vieillards", alors que l'usage répugne à l'emploi de "belles vieillardes"" ? (p. 31)

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La chanson "Le Bal chez Temporel" de Guy Béart interprétée par Cora Vaucaire. Je l'ai choisie comme titre de mon dernier chapitre.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'idée d'une plasticité infinie de la vie, d'un rythme surprenant des embellies et des orages biographiques, des mues et des métamorphoses du sujet, qui doit nous rendre attentifs à la leçon de choses et aux signes de la littérature, du roman, où gravité et humour s'entremêlent en nuances pour une compréhension affinée du fait d'exister.

La revue de presse : Julie Clarini - Le Monde du 7 février 2013

Mieux que les traités de psychologie ou d'anthropologie, la littérature nous révèle comment les femmes s'accommodent, s'interrogent, et finalement font face à cette " poussée du temps ". Pas de lamentations vindicatives, plutôt les aveux d'une euphorie qui le dispute au désespoir, des confessions sur la cruauté de l'invisibilité et sur la joie d'une possible reprogrammation de soi.

La revue de presse : Claire Devarrieux - Libération du 24 janvier 2013

Cette «anthropologie littéraire de l'âge» montre comment l'écriture aide à vieillir, et, inversement, comment vieillir nourrit l'oeuvre : «Il semble que la maturation et le travail du temps donnent une épaisseur et une capacité autocritique réjouissantes à l'entreprise littéraire.» Les écrivains étudiés sont féminins, car la société soumet différemment les hommes et les femmes à l'épreuve du temps : quand tant de «beaux vieillards» sont proposés à notre admiration, où sont les «belles vieillardes» ? Les exemples masculins ne sont pas absents. «Ni retraite ni retrait», clame Claude Lanzmann dans le Lièvre de Patagonie. A quoi fait écho la bravoure inentamée de la romancière Dominique Rolin. Claude Lévi-Strauss, s'exprimant au Collège de France lors de ses 90 ans, décrit un «dialogue très étrange» entre «le moi virtuel» qui va de l'avant et «le moi réel» qui freine. Martine Boyer-Weinmann l'enrôle au titre de «la plasticité existentielle maintenue dans la perspective des oeuvres».

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