"Les bas-fonds : histoire d'un imaginaire" de Dominique Kalifa chez Seuil (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

— 

Les bas-fonds : histoire d'un imaginaire
Les bas-fonds : histoire d'un imaginaire — Le choix des libraires

Résumé

Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, aliénés, détenus, bagnards peuplent de leurs figures hideuses, pour partie réelles et pour partie fantasmées, l'envers ou les dessous de notre société. Ils en sont le repoussoir, la «part maudite», mais aussi l'une des lignes de fuite symbolique et sociale. Car s'ils disent des réalités - la pauvreté, le crime, les transgressions -, ces «bas-fonds» constituent aussi un imaginaire qui traduit tout autant nos inquiétudes et nos anxiétés que certains de nos désirs.
C'est à l'exploration de cet imaginaire que ce livre est consacré. Il montre comment les bas-fonds naissent dans l'Europe bouleversée du XIXe siècle, mais empruntent à une tradition où se mêlent les figures bibliques - Sodome, Babylone -, les mauvais pauvres de la tradition chrétienne et la cour des Miracles. Des «mystères» de Paris à l'underworld victorien, des bas quartiers de New York aux trottoirs de Buenos Aires, il décrypte la fabrique d'un regard qui n'a cessé de nous fasciner. Ces histoires qui hantent nos consciences ont-elles pris fin aujourd'hui ? Les contextes ont changé, mais les débats sur l'underclass, les images du cinéma contemporain ou la culture steampunk montrent que l'ombre des bas-fonds rôde toujours autour de nous.

Professeur à la Sorbonne, Dominique Kalifa est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages consacrés à l'histoire du crime, des transgressions et de la culture de masse. Il enseigne également à Sciences Po et à New York University.

La revue de presse : Gilles Heuré - Télérama du 13 février 2013

Dominique Kalifa montre bien, en effet, qu'au cours des siècles l'organisation de la contre-société des bas-fonds est souvent le décalque de la société dite civilisée, avec ses rois, son «armée de voleurs» ou ses «syndicats du crime». Sans oublier les «classes dangereuses», dont l'appellation fait écho aux tumultes populaires et à la crainte de voir le paupérisme industriel provoquer des émeutes - «ils forment une petite nation au sein de la grande», écrit Tocqueville en 1843.

La revue de presse : André Burguière - Le Nouvel Observateur du 7 février 2013

«Si les infortunés et les infâmes se mêlent, de qui est-ce la faute ?», s'interrogeait Victor Hugo. Ce mélange qui le troublait, c'était les «bas-fonds», une contre-société imaginaire, ordonnée par le crime et la misère, qu'il a lui-même largement dépeinte dans «les Misérables». Avant lui, elle était devenue, grâce au succès des «Mystères de Paris», d'Eugène Sue, un des thèmes favoris de la littérature populaire. En nous décrivant les métamorphoses de ce mythe depuis le début du XIXe siècle, Dominique Kalifa ne s'est pas contenté de retracer l'histoire d'un thème littéraire. Il montre ce que ce fantasme révèle sur la façon dont nos sociétés s'obstinent à penser ensemble la misère et le mal.

La revue de presse : Antoine de Baecque - Le Monde du 10 janvier 2013

Depuis plus de vingt ans et à travers de nombreux livres (L'Encre et le Sang. Récits de crimes et société à la Belle Epoque, Fayard, 1995 ; Crime et culture au XIXe siècle, Perrin, 2005), le chercheur explore l'histoire du crime et des marges, les processus de réappropriation par la presse de ces récits aussi effrayants que fascinants, également moraux et voyeuristes. Il est presque naturel que le décor de ces scènes de crime devienne maintenant son objet : qu'étaient donc ces " bas-fonds " où toutes ces horreurs se déroulaient ? En fait, ce n'est pas le sens du terme qui pose problème, mais la pluralité des sens possibles. Elle indique une multitude d'usages, de représentations, de récits, un foisonnement de rumeurs et d'angoisses, de fantasmes et de désirs...
Dominique Kalifa choisit la méthode de l'anthropologie historique afin d'étudier les bas-fonds comme un système dynamique de représentations du monde social, insistant sur l'avènement de cet imaginaire au coeur du XIXe siècle, traquant ses registres (biblique, médical, politique, policier...), parcourant sa géographie (du tripot au bordel, du bouge à l'égout, mais aussi, ce qui est très éclairant, slums londoniens, bajos fondos espagnols, bassi fondi romain, trottoirs de Buenos Aires...).

Retrouvez la fiche complète sur le choix des libraires