"Esquisse d'un pendu" de Michel Jullien chez Verdier (Lagrasse, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Esquisse d'un pendu
Esquisse d'un pendu — Le choix des libraires

Résumé

Rompant avec une tradition qui décrit l'atmosphère monacale des ateliers de copistes du Moyen Âge, ce roman met en scène un scribe très laïque, Raoulet d'Orléans - personnage réel, il fut l'un des copistes attitrés de Charles V -, bon vivant, hâbleur, peu chatouilleux sur les mystères de la religion. Animant un atelier familial au coeur de Paris, actuelle rue Boutebrie, il a pourtant copié des bibles à tour de bras mais, incapable d'établir le silence et de se concentrer très longtemps sur ses rectangles de parchemin, il a pour habitude de fréquenter les tripots des barrières, ceux de Montfaucon notamment, le grand gibet de Paris.

Au-delà de l'intrigue qui se noue autour d'un mystérieux faussaire venu s'immiscer dans les commandes royales de Raoulet, ce roman en forme de parabole médiévale restitue l'ombre de l'imprimerie qui plane sur le siècle et suggère une méditation sur l'avènement contemporain du numérique.

La revue de presse : Eric Chevillard - Le Monde du 3 janvier 2013

Raoulet l'écrivain - littéralement : celui qui écrit - ne pouvait trouver auteur mieux fondé à chanter sa geste de gratte-papier scrupuleux et cependant bon vivant, volontiers ripailleur et farceur, que Michel Jullien, dont le style tout pareillement est à la fois minutieux et haut en couleur. Un lexique d'enlumineur médiéval d'une grande richesse, mais qui ne paraît jamais clinquant, réellement tenu par la phrase, laquelle s'autorise aussi quelques anachronismes : Ikea, OPA, sudoku, juke-box, santiags, jet-set, bleu Klein, Rubik's Cube... Rien de gratuit là non plus. Michel Jullien nous raconte la fin d'une époque, celle de ces oeuvres manuscrites condamnées à court terme par le " pressoir à syllabes " de Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dont le nom compliqué semble lui-même avoir été " forgé par l'addition aléatoire d'une suite de caractères mobiles dont il tenait le secret ". Or le temps de Gutenberg à son tour semble toucher à sa fin aujourd'hui. Et avec lui, celui du papier qui commençait tout juste alors à concurrencer les peaux apprêtées pour l'encre. Au reste, Raoulet se rit de cette " simili-vachette " : un " attrape-nigaud qui ferait son temps ", prédit-il déjà...
Le livre tel que nous le pratiquons est-il condamné ? Une page se tourne, sans doute, mais c'est ainsi que l'on use de l'objet, non ? Pourrait-il sérieusement pâtir de son propre principe ? Et que vient faire Raoulet sur le gibet de Montfaucon, en ce jour de juin 1375 ? Allez-y voir, frères humains qui après lui lisez, vous ne le regretterez pas.

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