"Aux frontières de la soif" de Kettly Mars chez Mercure de France (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Aux frontières de la soif
Aux frontières de la soif — Le choix des libraires

Résumé

La mer devenait de plus en plus bleue à la fenêtre de la Jeep. Tatsumi était sereine, en connexion avec le paysage qui filait sous ses yeux. Fito était reconnaissant de sa présence, de son mystère et de sa simplicité. Ils se rendaient compte à quel point ils étaient étrangers l'un pour l'autre. Ils ne se parlèrent pas beaucoup. Fito se concentrait sur sa conduite en même temps qu'il absorbait le paysage, la profusion de vert, le soleil dans les nuages. Et quand ils se parlaient les mots avaient vocation d'explorer, une sorte d'acclimatation, de mise en humeur. Ils allaient au-devant de quelque chose mais ne savaient pas exactement de quoi. Ils sentaient seulement que l'air qu'ils respiraient devenait de plus en plus léger.

Haïti, janvier 2011. Fito Belmar est architecte-urbaniste et écrivain. Après le succès de son premier livre, il vit aujourd'hui de ses rentes et mène une existence rythmée par les soirées bien arrosées avec ses amis... Mais il cache aussi un lourd secret : certaines nuits, il se faufile dans le camp de Canaan et approche de toutes jeunes filles que la misère vend au plus offrant. Gigantesque camp de réfugiés créé juste après le séisme de janvier 2010, Canaan est devenu depuis un immense bidonville regroupant quelque 80 000 personnes vivant dans la précarité, la violence et le dénuement.
Lorsqu'il accueille Tatsumi, une journaliste japonaise avec laquelle il n'a communiqué que par messagerie électronique, Fito doit jouer l'hôte parfait. Il n'est pas insensible au charme gracile de la Japonaise et un rapprochement amoureux semble possible... Tatsumi saura-t-elle ramener Fito vers une existence plus lumineuse ?

Kettly Mars est née en 1958 à Port-au-Prince, Haïti, où elle vit toujours. Elle est l'auteur de cinq romans dont Saisons sauvages.

Courrier des auteurs le 06/03/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis une femme dans la cinquantaine qui découvre dans l'écriture d'autres dimensions à la vie.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Ce livre dépeint les luttes d'un homme en prise avec ses démons dans un pays où la dureté de vivre pousse parfois les êtres à des actes insensés. Cette histoire est aussi celle d'un amour incertain qui pousse comme une fleur fragile au milieu des décombres d'une ville et d'une vie.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Le matelas recouvert de draps frais était posé à même le sol, innocent et impudique, trait d'union éventuel de leurs tâtonnements.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un blues.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Au-delà des histoires que je raconte, je voudrais partager avec mes lecteurs ce quelque chose d'indicible qui nous dépasse et qui fait que la vie vaille la peine d'être vécue.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Je n'ai pas de rituels particuliers. Quand vient l'urgence d'écrire, j'arrive à faire abstraction de ce qui m'entoure.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
C'est toujours un petit miracle. À partir d'une idée de départ assez floue, au fur et à mesure de l'écriture d'un texte les idées surgissent, trébuchent, se dérobent et reviennent pour finalement former un tout cohérent. Un travail à la fois angoissant et exaltant.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescente «un jour j'écrirai des livres» ?
Ça fait un peu cliché, mais j'étais une petite fille quand je me suis dit qu'un jour j'écrirai un livre. C'est un voeu qui est resté dormant pendant plus de vingt ans.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Ce n'était pas exactement un choc, mais je me souviens que très jeune, après la lecture de L'auberge de la Jamaïque de Daphné Du Maurier, je suis restée longtemps habitée par les landes sauvages de Cornouailles, par l'étrangeté et la violence des sentiments que décrivaient l'auteur. J'ai été envoûtée par ce roman.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
À faire rêver !

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Les librairies sont des lieux où je me sens bien et qui suscitent aussi en moi beaucoup d'humilité. C'est dans les librairies que j'ai eu mes plus belles rencontres avec le public.

La revue de presse : Christine Rousseau - Le Monde du 24 janvier 2013

Pourtant, c'est bien d'un choc qu'est né son désir de ferrailler une fois encore avec la réalité - une constante dans son oeuvre. Ce choc, elle l'a ressenti en découvrant à Canaan, non loin de Port-au-Prince, le plus grand camp d'Haïti, devenu bidonville, qui regroupe aujourd'hui près de 80 000 réfugiés. C'est sur cette terre des promesses bafouées, désertée par l'Etat et les autorités locales, que, pour redonner une part d'humanité à ces femmes, enfants et vieillards qui cohabitent dans le plus grand dénuement, la romancière a choisi d'ancrer la première partie, la plus oppressante, de son roman...
Loin de Port-au-Prince et des tentations sulfureuses de Canaan, dans la beauté sauvage et luxuriante de la Grande-Anse, près de la mer qui éloigne les spectres et procure l'apaisement, l'étau peu à peu se desserre. Et avec lui, l'écriture ondoyante de la romancière haïtienne, qui retrouve ses accents sensuels, charnels et poétiques grâce auxquels elle dépeint un autre visage d'Haïti, où s'esquissent les contours d'une renaissance possible. Se gardant de tout jugement moralisateur, Kettly Mars transcende sa colère, son amertume, son désenchantement pour offrir un chant d'amour et d'espoir ténu mais salvateur.

La revue de presse : Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 3 janvier 2013

C'est là, dans ce «bidonville officiel en devenir» où la «poussière» est «partout, dans les cheveux, les yeux, les mains, la raie des fesses, les jambes, incrustée au plus intime des vies», que Kettly Mars a choisi d'enraciner son roman. L'histoire qu'elle a imaginée se déroule début 2011, mais elle pourrait aussi bien se passer aujourd'hui, ou demain hélas. Elle est dédiée aux «survivants du séisme»...
Elle ne juge personne dans «Aux frontières de la soif». Si elle trempe sa plume naturaliste dans les plaies de ses compatriotes, c'est pour les contraindre, et nous avec, à les regarder en face. Beaucoup de compassion, aucun angélisme. En exergue, Henri Michaux a tout résumé :
Dans un pays sans eau, que faire de la soif ?
De la fierté.
Si le peuple en est capable.»

La revue de presse : Christine Ferniot - Telerama du 9 janvier 2013

Avec ce personnage ambigu, Kettly Mars a trouvé à exprimer sa rage, à mettre à nu les pourritures humaines...
La romancière haïtienne fait aussi parler les fillettes apeurées, les ONG impuissantes, les journalistes voyeurs. Elle déploie sa colère, mais la poésie de son écriture est aussi un hymne à son pays perdu, à la fierté de ses habitants. Une manière sensible, modeste et splendide de «raconter l'innocence volée et l'espoir qui ne veut pas mourir».

La revue de presse : Gilles Biassette - La Croix du 3 janvier 2013

Au milieu de nulle part, des dizaines de milliers de survivants ont planté leurs pieux et posé leurs bâches, assiégeant un camp de sinistrés construit par l'ONU, synonyme de promesses d'aide, mais aussi de besoins à satisfaire pour les déplacés «officiels». C'est dans cet univers glauque que plonge la romancière haïtienne, auteur du remarqué Saisons sauvages en 2010. Alors qu'elle racontait il y a trois ans la chute d'une femme prise dans la toile de la dictature de François Duvalier, c'est aujourd'hui un homme pris dans la toile de ses propres démons qu'elle dépeint...
Au final, Aux frontière de la soif est un roman paradoxal, où la douleur profonde n'empêche pas une forme d'optimisme. Et Fito pourrait bien être le symbole d'un pays qui, bien que souvent au bord du gouffre, ne capitule jamais.

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