"Le secret secret" de Laurent Albarracin chez Flammarion (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Le secret secret
Le secret secret — Le choix des libraires

Résumé

Le Secret secret réunit trois séquences de poèmes : celle qui donne son titre au recueil, suivie des Armes découvertes et de La Branche cachée. Chacune s'applique à cet exercice de la reconnaissance du monde dans le langage (et du langage dans le monde) qui fonde la poésie de Laurent Albarracin. On est paradoxalement aussi proche dans ces pages de la poésie ancestrale que d'une modernité «littérale» qui aurait renoué avec le culte de l'image chère au surréalisme -quelque part entre les tautologies grammaticales de Christophe Tarkos et le système analogique de Malcom de Chazal...
Même si l'énigme se noue toujours dans la limpidité, la transparence des mots : L'éclair s'attable dans un éclair. / La roue est une meule légère / qui réussit l'absolue farine / de ne rien broyer.

La pagaie dans l'eau sépare
la pagaie de l'eau, sépare
l'ivresse de la pagaie
du bon grain de l'eau.

Le secret n'est caché pour personne :
le loup le plus blanc
a les mâchoires de l'eau.

Laurent Albarracin est né en 1970 et vit en Corrèze. Il a participé à l'aventure du «Jardin ouvrier» et ses premiers poèmes ont été rassemblés dans Le Verre de l'eau (Le Corridor bleu, 2008). Il a publié une dizaine de livres brefs, ainsi que deux études sur Louis-François Delisse et Pierre Peuchmaurd aux éditions des Vanneaux.

La revue de presse : Eric Chevillard - Le Monde du 24 mai 2012

Dans Le Secret secret, Laurent Albarracin retourne ainsi les écorces et les peaux : " La fraîcheur de l'air sur le visage/dessine un visage à la fraîcheur ". Voilà bien comme agit sa poésie. Elle ne révèle pas de grands mystères, elle plaque sur les choses leur enveloppe visible - aussi bien les mots qui les désignent et les habillent souvent trop chaudement - pour les rendre à l'évidence. C'est une poésie concrète, une poésie pour l'objet, pour l'arbre, pour l'animal, d'où l'homme est banni avec ses sentiments et ses idées, son lyrisme et sa métaphysique, parce qu'on l'a trop entendu gémir et pontifier et qu'il est temps de laver le pont à grande eau : " L'eau est l'eau parce que l'eau/ en permanence vient humecter l'eau/ et passer une langue malicieuse/ sur des lèvres délicieuses " (mais comme c'est embêtant, quand on cite un poème, ces slashs et doubles slashs qui semblent posés par des castors en travers d'un flux qui coulait de source !)...
On pense parfois à Malcolm de Chazal et à son Sens magique, pour cette lumière qui tombe sur les choses aussi rapidement que la foudre et qui les surprend comme à la toilette, dans leur nudité première : " Le poisson est la sandale de qui marche dans sa tête. " L'image, souvent analogique, n'est jamais gratuite ni métaphorique. Laurent Albarracin propose des définitions plus sûres que celles des dictionnaires, débarrassées de toute l'arrogance humaine, de nos taxinomies abusives. Le vaste filet que nous avons jeté sur le monde, croyant ainsi assurer notre prise, le fait plutôt suffoquer, l'immobilise, lui interdit de renaître chaque matin, et voici sa chevelure d'herbe tassée en chignon sous la résille serrée.

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