"Définir la fiction : du roman au jeu d'échecs" de Olivier Caïra chez Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Définir la fiction : du roman au jeu d'échecs
Définir la fiction : du roman au jeu d'échecs — Le choix des libraires

Résumé

«Pour vous, qu'est ce que la fiction ?» À l'origine de ce livre, telle était la question posée par Olivier Caïra sur différents terrains d'enquête. Les réponses recueillies furent aussi nombreuses que déconcertantes : sudoku, exercice de mathématiques, jeu d'échecs, jeu de rôle, série télévisée... Très vite, se dessina dans l'esprit du sociologue un territoire complexe des oeuvres et des expériences de fiction, lequel allait donner lieu à une odyssée à travers les sciences sociales, en quête de l'objet «fiction».

S'engageant contre toute approche monodisciplinaire, l'auteur appelle à ouvrir la notion pour y inclure des phénomènes que la plupart des théories ont jusque-là négligés, notamment les jeux de simulation et les énoncés logico-mathématiques. En multipliant les exemples singuliers, les expériences ambiguës et les cas contestés de fictionnalité, c'est l'inscription de la fiction dans le réel qui apparaît plus clairement. Souvent à l'origine de vives controverses, les canulars tels que la fausse indépendance de la Flandre déclarée dans une émission télévisée, l'autofiction dans le roman français contemporain ou l'exploitation du réel dans les films d'Hollywood permettent de mieux cerner ce qui nous attire et nous intrigue dans l'univers de la fiction.

Par son approche originale, Olivier Caïra tient compte du point de vue des producteurs de fiction comme de celui des publics et réinterroge le lien entre fiction et documentaire.

Maître de conférences en sociologie au Centre Pierre Naville, Olivier Caïra enseigne à l'IUT d'Évry. Ses recherches portent sur les théories de la fiction, l'autorégulation des industries de loisir et l'analyse comparative des formes d'engagement dans la fiction.

Courier des auteurs le 24/08/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Olivier Caïra, 38 ans, sociologue, enseignant à l'IUT d'Evry et auteur de jeux de société.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Il s'agit de réconcilier la fiction dont on parle dans les débats théoriques avec la palette très large de ce qu'elle est aujourd'hui : roman, cinéma, théâtre, bien entendu, mais aussi série télévisée, jeu de société, jeux vidéo, énigmes mathématiques, théâtre d'improvisation, jeu de rôle, etc. J'étudie surtout les cas où cette définition ne fait pas l'unanimité : par exemple la soirée où la télévision francophone belge a annoncé l'indépendance de la Flandre, avant d'annoncer au bas de l'écran «Ceci est une fiction».

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Cette jolie formule italienne : «Se non è vero, è bene trovato.» (Si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé.). La fiction, c'est le domaine du «bien trouvé».

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«Money for Nothing» de Dire Straits, qui a été censurée au Canada en 2011 pour homophobie. Les défenseurs de la chanson soutiennent que c'est un personnage de fiction, et non le chanteur Mark Knopfler, qui s'y exprime. C'est typiquement le genre de dossiers que j'aime suivre en tant que sociologue.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La curiosité pour la fiction sous toutes ses formes. En France, on a facilement tendance à séparer les anciens et les modernes, les littéraires et les scientifiques. J'espère que mes lecteurs auront autant de plaisir à replonger dans les oeuvres classiques qu'à se pencher sur la culture dite «geek». J'espère surtout attirer le regard vers les jeux de simulation, car ils incorporent autant le patrimoine littéraire et cinématographique que la logique et les mathématiques.

La revue de presse : Jean-Louis Jeannelle - Le Monde du 1er décembre 2011

S'il est un acquis essentiel de ce passionnant essai, c'est bien de prouver qu'on ne saurait réduire la fiction à son substrat littéraire - Jean-Marie Schaeffer, spécialiste reconnu de poétique, l'avait déjà établi dans Pourquoi la fiction ? (Seuil, 1999), mais sans en tirer toutes les conséquences. Les jeux de rôle ou les séries télévisées, telle "The Wire" (diffusée en France sous le titre "Sur écoute") se révèlent bien plus intéressants pour le théoricien de la fiction que les éternels Don Quichotte, Madame Bovary et autres Sherlock Holmes.

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