Stèles : la grande famine en Chine 1958-1961
Stèles : la grande famine en Chine 1958-1961 — Le choix des libraires

Livres

"Stèles : la grande famine en Chine 1958-1961" de Jisheng Yang chez Seuil (Paris, France)

Résumé

Initié par Mao à la fin des années 1950, le «Grand Bond en avant» provoque un gigantesque désastre économique dans les campagnes chinoises. Pour nourrir les villes, on en est réduit à affamer les paysans. La ferveur révolutionnaire des cadres locaux se mêle à la terreur qu'inspire la hiérarchie pour aggraver la situation ; la transmission de fausses informations (exagération des récoltes, occultation des morts de faim) donne lieu à des instructions insensées (achat forcé de quantités basées sur les résultats exagérés) auxquelles l'administration n'ose s'opposer.
La folie de la collectivisation à outrance détruit toute la société rurale, jusqu'à la famille. Dès la fin 1958 s'abat l'horreur : des villages entiers sont effacés par la famine, les cas de cannibalisme se multiplient, les survivants perdent la raison ; en sus des morts de faim, beaucoup sont battus à mort, ou poussés au suicide, des milliers d'enfants sont abandonnés... Ce livre, écrit Yang Jisheng, est «une stèle pour mon père, mort de faim en 1959, une stèle pour les 36 millions de Chinois victimes de la famine, une stèle pour le système responsable du désastre».
Elle aurait pu, aussi, être celle de l'auteur, dont le livre n'est pas publié en Chine. C'est au lendemain du massacre de Tiananmen (1989), qu'il a entrepris de rassembler des données éparses, souvent dissimulées, de retrouver les survivants et de recueillir leurs témoignages. Stèles est un récit de l'intérieur, pas celui d'un étranger, ni celui d'un dissident, mais celui d'un homme convaincu qu' «un pays qui ne peut regarder son passé n'a pas d'avenir».

YAINIG JISHENG, né en 1940, diplômé de l'université Qinghua en 1966, a fait toute sa carrière de journaliste à l'agence Chine Nouvelle. Il est rédacteur en chef adjoint du très sérieux mensuel Yanhuang Chunqiu (Annales chinoises).

La revue de presse : Philippe Grangereau - Libération du 27 septembre 2012

Yang Jisheng a vu son père mourir au cours de la grande famine. Dans un livre, l'historien raconte comment la politique de Mao est sciemment impliquée dans la mort de 36 millions de Chinois entre 1958 et 1962. S'il est un déni de l'histoire, c'est bien celui-là. S'appuyant sur des documents d'archives secrets, l'historien Yang Jisheng raconte dans Stèles ce que fut la grande famine chinoise de 1958-1962, inégalée dans le monde par son ampleur, bouleversante par ses actes d'anthropophagie, et hautement criminelle car les campagnes ont été délibérément affamées par Mao Zedong. «Si nous laissons tous les paysans manger à leur faim, [...] nous ne pourrons pas nous industrialiser, nous devrons réduire l'armée et ne pourrons bâtir une défense nationale», explique à l'époque un haut responsable du Parti. Cette politique machiavélique conduira la Chine directement en enfer...
Pour ne pas contourner l'interdit, Yang a publié Stèles (en 2010) à Hongkong - où la liberté de parole a été préservée malgré la rétrocession à la Chine, en 1997, de l'ancienne colonie britannique. Cet ouvrage, le premier sur ce sujet écrit par un Chinois, est proscrit en Chine continentale. Une version pirate circule toutefois clandestinement sur Internet. Ce livre est une révélation pour les Chinois, à qui on enseigne dans les écoles une histoire biaisée ou carrément apocryphe...
Le plus extraordinaire à propos de la grande famine est qu'il a fallu près d'un demi-siècle pour qu'elle soit mise au jour, avec initialement la publication de Hungry Ghosts, du Britannique Jasper Becker, en 1996. Un scoop historique car jusqu'alors presque personne ne s'était rendu compte de ce crime ahurissant. Yang Jisheng raconte comment les journalistes et les dignitaires étrangers étaient aisément bernés par les mises en scènes du régime.

La revue de presse : Julie Clarini - Le Monde du 13 septembre 2012

Afin de rendre à ces disparus l'hommage dont ils furent privés et qui ne leur a toujours pas été rendu par un régime récusant encore sa responsabilité, l'ancien journaliste de l'agence Chine nouvelle Yang Jisheng, 62 ans, a entrepris une vaste enquête qui l'a accaparé treize années durant. Mû par une exigence intellectuelle mais aussi personnelle (son propre père est mort d'inanition en 1959), il a accompli ce patient travail avec la complicité de myriades d'archivistes dans chaque ville de province où il s'est rendu et où il a compulsé les annales. Au total, il a noirci 1 200 pages. Chronique du cataclysme que fut le lancement par Mao de la politique du Grand Bond en avant, Stèles, traduit en français dans une version abrégée, est animé par ce constant souci d'exhaustivité qui caractérise les entreprises mémorielles. C'est aussi la consignation minutieuse d'une histoire folle et répétitive, celle d'une déconnexion totale entre les discours et la réalité.

La revue de presse : Jacques de Saint Victor - Le Figaro du 13 septembre 2012

Le livre de Yang Jisheng, Stèles. La Grande famine en Chine, est une enquête impitoyable sur les conséquences de la politique du Grand Bond menée par Mao Zedong dès 1958...
Au-delà d'une lecture parfois ­difficile - les scènes de cannibalisme entre parents et enfants sont effro-yables -, le grand intérêt du livre de Yang Jisheng est de saisir le fonctionnement délirant d'une dictature incapable de sortir de la folie de ses dirigeants. Le communisme a réduit toutes les âmes à la plus extrême servitude. Personne n'ose, au sein des instances locales du parti, avertir Mao que la collectivisation à outrance, voulue par le Grand Timonier, ne marche pas. Ceux qui protestent sont traités de «contre-révolutionnaires». On invite des étrangers aveugles et complices pour vanter les progrès du Grand Bond. Les hiérarques du parti, du plus grand au plus modeste, font du zèle pour cacher la politique catastrophique qui conduit le pays à l'abîme.

La revue de presse : Gilles Heuré - Télérama du 26 septembre 2012

Stèles n'est pas simplement l'analyse statistique d'une des plus grandes tragédies du XXe siècle, mais un récit précis et implacable, construit à partir de la consultation et du recoupement d'archives, ainsi que d'une centaine d'entretiens. La liste des noms des lieux - village de Liuzhangying ou de Hongtai, district de Hezheng, province de Sichuan... - ne dit pas grand-chose au lecteur occidental, et l'ampleur du nombre de victimes apparaît surréaliste. Mais Yang Jisheng explique remarquablement comment le drame s'est mis en place, retraçant les décisions politiques qui ont présidé à l'installation de la grande famine et produisant de terribles témoignages.

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