"Du style tardif : musique et littérature à contre-courant" de Edward W. Said chez Actes Sud (Arles, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Du style tardif : musique et littérature à contre-courant
Du style tardif : musique et littérature à contre-courant — Le choix des libraires

Résumé

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Publié à titre posthume, Du style tardif, issu du séminaire très fréquenté qu'Edward W. Said tint à l'automne 1995 à l'université de Columbia à New York, examine les oeuvres produites, sur la fin de leur vie, par des artistes aussi différents que Richard Strauss, Beethoven, Arnold Schoenberg, Thomas Mann, Jean Genet, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Constantin Cavafy, Samuel Beckett, Luchino Visconti et Glenn Gould.
S'appuyant sur la notion de "style tardif" forgée par Adorno, Said s'attache ici à montrer que, loin de nécessairement incarner, de par leurs accomplissements formels, le seul triomphe d'une maîtrise ou d'une quelconque "sagesse" que tel ou tel artiste aurait acquises au fil du temps, nombre d'oeuvres ultimes demeurent profondément marquées au sceau de la fondamentale intranquillité qui caractérise la relation que, même au soir de son existence, tout authentique créateur entretient avec le monde. Bien que d'une tout autre nature que celui dont Said lui-même eut à faire la longue et douloureuse expérience, l'"exil" intérieur auquel certains artistes se voient confrontés jusqu'à leur dernier souffle, leur enjoint en effet, comme à lui, de se refuser obstinément à tout compromis en forme d'illusoire réconciliation avec la trajectoire que le dehors voudrait assigner à leur parcours.
Aussi brillants que révélateurs, ces essais d'une éminente rigueur intellectuelle et porteurs d'intuitions fulgurantes pourraient bien, dans leur éloquence et leur passion, constituer l'ultime chef-d'oeuvre d'Edward W. Said lui-même.

Né à Jérusalem, Edward W Said, disparu en 2003, passa la plus grande partie de sa vie à New York. Auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages, collaborateur régulier de journaux du monde entier, critique musical, il fut également un pianiste accompli et travailla avec Daniel Barenboïm et Yo-Yo Ma.
Chez Actes Sud/Sindbad ont également été publiés : Réflexions sur l'exil et autres essais (2008), La Question de Palestine (2010) et L'Islam dans les médias (2011).

La revue de presse : Jean-Louis Jeannelle - Le Monde du 4 octobre 2012

Edward Said (1935-2003) se savait à l'époque atteint d'une leucémie et la réflexion qu'il menait sur ce thème fut interrompue par sa mort, donnant ainsi aux conférences ou aux articles aujourd'hui traduits sous le titre Du style tardif ce mélange d'audace intellectuelle et de sens de la catastrophe qui confèrent leur force particulière aux livres tard venus...
En 1975, Beginnings, l'un des premiers essais de Said (non traduit), explorait ce besoin que nous éprouvons de situer dans le passé un point d'origine propre à justifier la manière dont tout a commencé. Du style tardif est ainsi l'aboutissement d'une très longue réflexion sur les " temps opportuns " dans une existence créative. Les dernières oeuvres de Bach ou de Matisse en offrent des exemples éblouissants et rassurants : c'est à des cas plus intransigeants et plus inquiétants que s'attache Said, pour qui un style tardif tend à remettre en question ce qui a précédé, à déployer " une sorte de productivité délibérément improductive, une forme de contre ".

La revue de presse : Marc Riglet - Lire, septembre 2012

Edward W. Said, le regretté intellectuel palestinien, montre comment les artistes captent l'angoisse des temps futurs, troubles et incertains, lorsqu'ils réalisent leurs dernières oeuvres...
Le "style tardif", loin d'être la marque de l'apaisement, est le signe de l'inquiétude, de la recherche obstinée, de l'interrogation toujours recommencée. Les derniers opéras de Strauss, le dernier acte de Cosi fan tutte, la deuxième interprétation par Glenn Gould des Variations Goldberg et, surtout, les derniers quatuors à cordes de Beethoven, montrent assez l'angoisse des créateurs. Le monde qu'ils représentent n'est pas réconcilié. Les dissonances qu'ils osent ne sont pas les tours de force d'un savoir-faire maîtrisé mais bien le désir d'une création toujours insatisfaite et, par là, toujours vivante. Les dernières oeuvres ne sont pas le passé récapitulé, elles sont la tension angoissée vers un futur inaccessible. Si ces pages d'Edward W. Said sont si étincelantes et si bouleversantes, c'est sans doute qu'elles ont été écrites au crépuscule de sa vie et, qu'à ce titre, elles relèvent elles-mêmes de ce "style tardif" si finement relevé, si intelligemment compris.

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