"Comme une bête" de Joy Sorman chez Gallimard (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Comme une bête
Comme une bête — Le choix des libraires

Résumé

«Pim passe sa main partout où il peut, identifie à haute voix le jarret, la côte première et le filet mignon - les mots la font rire et puis moins quand il passe à la tranche grasse et au cuisseau. Le corps de l'apprenti ankylosé par des jours de découpe, de désossage et de nettoyage se détend enfin, s'assouplit, ses mains se décrispent, la chair est mobile, la peau se griffe, le sang détale dans les veines, il pose ses doigts sur les tempes de la fille, ça pulse.»
Comme une bête est l'histoire d'un jeune homme qui aime les vaches au point de devenir boucher.

Joy Sorman est née en 1973. Elle a reçu le prix de Flore pour son premier livre Boys, boys, boys (Éditions Gallimard, 2005). Elle est également l'auteur de Du bruit, Gros oeuvre et Paris Gare du Nord parus aux Éditions Gallimard.

Le choix des libraires : choisi le 27/11/2012 par David Vincent de la librairie MOLLAT à BORDEAUX, France

Joy Sorman n'y va pas avec le dos du couteau dans son nouveau roman, plus bel hommage de la littérature à la filière bovine française (sans oublier les cochons néanmoins qui tiennent une belle place dans son livre).

Avec son héros apprenti, Pim, qui tombe dans son métier comme on entre en religion, elle nous conduit avec un luxe de détails et d'informations sur les sentiers de la viande, de l'élevage à l'étal en passant par l'abattoir et le conditionnement, naviguant du documentaire précis à la figure romanesque.

Pim aime les bêtes et il les mange ; Pim est boucher mais il se rêve artiste ; Pim est visionnaire mais reste commerçant ; Pim est différent et les femmes le sentent.

Avec un style qui nous vaut de mémorables instants de grâce, Joy Sorman signe le plus singulier de ses livres et c'est du premier choix.

La revue de presse : Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 29 novembre 2012

Son roman, a-t-elle expliqué l'autre jour à des lycéens, est une «fable documentaire». Et tant pis si la fable semble parfois un peu forcée, puisqu'elle est fort bien documentée. Ca ne l'empêche d'être intelligente, sensible et rédigée dans une langue qui claque comme un hachoir sur une planche en bois massif. Au milieu du livre, un éleveur dit à Pim qu'il «faut être humain avec les bêtes parce que c'est vivant quand même», tout en le mettant en garde contre la tendresse : "Les bêtes faut pas les aimer de trop sinon on est foutu. C'est pas un animal de compagnie. C'est compliqué parce que c'est pas une chose mais c'est pas une personne non plus". C'est compliqué, oui. C'est même pour ça que le livre est réussi. Les végétariens vont encore rater quelque chose. Ils feraient peut-être bien d'aller y voir quand même.

La revue de presse : Elisabeth Philippe - Les Inrocks, septembre 2012

Joy Sorman dissèque les faits et gestes d'un apprenti-boucher obsessionnel et modernise la veine néonaturaliste...
Mais le livre n'est pas seulement descriptif, monochrome grenat de fibres, de gras et de nerfs. Il charrie aussi une réflexion sur notre rapport à l'animal et à ce que l'on mange, questions au coeur des débats de société mais aussi de la littérature depuis la sortie, l'an dernier, de l'essai de Jonathan Safran Foer Faut-il manger les animaux ?, enquête choc sur l'élevage industriel. Joy Sorman, elle, adopte un point de vue plus anthropologique (Claude Lévi-Strauss est cité en exergue) et interroge l'aspect primitif du lien entre l'homme et les bêtes. À quel point sommes-nous ce que l'on mange ? Un texte de chair et de sang.

La revue de presse : Florence Bouchy - Le Monde du 6 septembre 2012

Jusqu'ici, Joy Sorman écrivait des récits. Pour " Comme une bête ", elle a su se libérer de son ample documentation et donner ainsi son premier roman...
Documenté et fantaisiste, technique et poétique, Comme une bête n'est pas une coquille esthétique vide. A travers Pim, c'est le rapport des humains aux animaux qui est interrogé. On peut lire aussi, dans cette évocation du lien de l'homme avec l'animal, une variation sur le thème du corps, déjà présent dans les livres précédents de Joy Sorman. Mais, cette fois-ci, le discours est produit par le texte, et ne le précède pas. " En fait, je suis en train de me détacher de cette idée qu'il faut tenir un discours, je pense que cela m'a un peu entravée jusque-là. J'ai voulu m'en libérer par la fantaisie, mais ça a tout de même fini par me rattraper. " Alors que Comme une bête est le premier de ses livres dans lequel apparaît un personnage de fiction, c'est peut-être aussi le livre le plus personnel de Joy Sorman, même si elle n'admet pas tout à fait le qualificatif...
Assurément, en devenant romancière, Joy Sorman a gagné en légèreté et en originalité. " Ça a débloqué l'envie de me permettre de la fantaisie, et puis le désir de m'intéresser à des vies. J'espère que je vais continuer à creuser un peu plus cette veine-là. " Le lecteur aussi.

La revue de presse : Baptiste Liger - L'Express, septembre 2012

Joy Sorman décrit le parcours d'un as de la viande et sa relation aux animaux. Un morceau d'intelligence et de sensibilité...
Un grand professionnel, qui, au fond, n'a jamais cessé d'aimer les animaux. Car Pim est conscient qu'"[il mourra] comme une bête" et qu'"au moment d'en finir [il rejoindra] les porcs dans leur fange". Evitant l'analyse redondante qui gangrenait certains de ses précédents textes, l'auteur de Boys, boys, boys (prix de Flore 2005) livre ici un roman à l'os.

La revue de presse : Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 16 septembre 2012

Une langue précise, vivante, technique. Des odeurs, des bruits, des couleurs. Joy Sorman retient et restitue. C'est présent dans ses livres : sortir de son petit chez-soi et saturer l'air de paroles étrangères. Comme une bête est un hommage aux métiers artisanaux, une fable poétique sur les rapports des hommes et des animaux, une plongée dans un quotidien rugueux et silencieux...
Joy Sorman est née en 1973. Elle a écrit une histoire à contretemps. On prône la mode du végétalisme et on dessine un avenir dématérialisé. Elle met en valeur un "boulot salissant et concret". L'auteur nous montre le sang alors que tout est fait pour nous cacher le sang. Sentez et voyez ! Elle est mains dedans et non pas nez pincé. Comme une bête se révèle une fable sur l'ambivalence fichée au coeur de la nature humaine. C'est comme ça : aucune morale. Les larmes du boucher courent, comme une énigme, tout au long des pages. Le jeune boucher est régulièrement submergé par des flots lacrymaux salés sans en connaître la raison. On peut la lui souffler : on adore et on dévore.

La revue de presse : Alain Nicolas - L'Humanité du 4 octobre 2012

Joy Sorman sait, en restant au plus près du réel décrit avec une minutie sans concession, faire vivre cet homme, artisan idéal jusqu'à l'extrême perfection du geste, qui cherche un au-delà à sa quête professionnelle dans un impossible retour aux origines de la passion de l'humanité pour la viande.

La revue de presse : Emile Rabaté - Libération du 25 octobre 2012

Avant que le végétarisme ne devienne à la mode, l'humanité carnivore soignait ses bleus avec des escalopes, les soûlards buvaient le sang au verre pour dissiper l'alcool, les danseuses plongeaient leurs chevilles foulées dans les entrailles d'un veau. A la manière d'une anthropologue (le roman est placé sous le patronage de Claude Lévi-Strauss, cité au frontispice), Joy Sorman remonte la piste de ces pratiques qui relèvent selon elle moins de la barbarie que d'une forme de communion : «La viande est pleine de vie et la vie se transmet», écrit-elle. Sur un thème proche de celui développé dans la nouvelle «Etre un castor», du recueil Gros oeuvre, elle poursuit sa réflexion sur la proximité entre hommes et animaux...
A mi-chemin entre le conte et l'encyclopédie, Sorman livre un roman à la verve puissante, qui rend la viande à sa familière étrangeté.

La revue de presse : Alexandre Fillon - Lire, octobre 2012

Dans un style à la fois poétique et réaliste, la romancière infiltre le milieu de la boucherie...
Joy Sorman cadre au plus près un travailleur dévoué. Un "homme étanche à la brutalité, sans fiel". Un "soldat de la viande". Un "chevalier viandard" modeste malgré le succès dont elle décrit avec précision les tâches, les gestes, les outils. Formellement très tenu, Comme une bête fascine par son mélange de réalisme et de poésie, sa manière de parfois dévisser. On a du mal à quitter un personnage aussi intense et singulier que Pim.

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