"Féerie générale" de Emmanuelle Pireyre chez Ed. de l'Olivier (Paris, France)

en partenariat avec 20minutes.fr

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Féerie générale
Féerie générale — Le choix des libraires

Résumé

«J'ai souvent eu l'impression, en écrivant ce livre, d'emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l'autre bout du pays complètement cabossées», confie l'auteur.
Rassemblant des échantillons prélevés dans les médias et sur les forums, détournant les sophismes et les clichés de la doxa ambiante qu'elle mixe avec érudition et humour aux discours savants ou sociologiques, Emmanuelle Pireyre organise de magnifiques collisions de sens dans ce roman-collage où la réalité se mêle à la fiction.
Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux; des artistes investissent les casernes; un universitaire laisse tomber sa thèse sur l'héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable... Ainsi sont les personnages de Féerie générale : récalcitrants à l'égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités.

Avec une jubilation communicative, Emmanuelle Pireyre propose une radiographie de notre conscience européenne en ce début de 21e siècle.

Emmanuelle Pireyre est née en 1969 et vit à Lyon. Elle a publié Congélations et décongélations, Mes vêtements ne sont pas des draps de lit (Maurice Nadeau, 2000 et 2001), et Comment faire disparaître la terre ? (Seuil, 2006). Elle produit aussi des formes mixtes avec vidéo présentées dans des lectures publiques, et est l'auteur d'une pièce de théâtre, Laissez-nous juste le temps de vous détruire.

Courier des auteurs le 18/09/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Quelqu'un qui n'a aucun sens de l'orientation et se perd à tous les coups dans les villes étrangères.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La liberté.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
La première phrase du livre :
Un jour en Europe, il y avait une petite fille qui détestait la finance. «Petite, disait-elle, petite ok, mais pas soumise.»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une musique chaude et froide, par exemple un mix de Love To Love You Baby de Donna Summer et de la chirurgie froide et concrète de Matmos dans A Chance To Cut Is A Chance To Cure.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Qu'on peut envisager les choses d'une manière sensiblement différente de celle qu'on nous propose en général.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Je travaille dans un isolement complet, une couverture sur le dos, des boules quies en cire dans les oreilles, et un casque anti-bruit par-dessus.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Lorsque je suis en train d'écrire et qu'après plusieurs heures de recherche, je désespère de rien trouver, dans ce désespoir même surgit tout à coup, si tout se passe bien, une idée qui illumine la matinée. Autre méthode : dans le bain, les idées éclosent facilement, en raison j'imagine, de la détente complète du corps ; néanmoins pour des raisons écologiques évidentes, cette méthode, plus agréable, ne peut constituer une manière habituelle de travailler.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
La découverte à 6 ans de la lecture comme une activité possible du genre humain a été le premier choc : c'en était fini de l'ennui. Plus tard, à l'adolescence, l'idée d'écrire m'est toujours apparue comme une méthode pour déchiffrer l'incompréhensible : pour dénouer telle situation inextricable, pour comprendre tel amoureux insondable.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lectrice) ?
Les chocs littéraires ont été et continuent d'être nombreux et hétéroclites : enfant, je lisais et relisais comme un trésor connu de moi seule L'écume des jours de Vian, puis sont venus l'Amant de Marguerite Duras, et à peu près en même temps (sur un tout autre versant) l'humour hystérique des bandes dessinées de Goossens et Gotlib. Puis les promenades de Robert Walser dans la neige et la montagne, l'esprit brillant et tortueux du Feu pâle de Nabokov, les peuplades d'Henri Michaux, puis en littérature contemporaine les manières toutes singulières, précieuses et précises d'attraper le monde de Christophe Tarkos, Nathalie Quintane, Daniel Foucard, Jean-Charles Massera, Valérie Mréjen, Christophe Fiat, Gwenaëlle Stubbe, et en même temps encore des romans, David Foster Wallace, le Guerre et paix de Tolstoï, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, L'homme sans qualité de Musil...

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A pousser tranquillement la porte devant nous, là où on était bloqué et ankylosé, là où on ne percevait qu'une muraille massive, indistincte, inhospitalière.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Une grande place, car j'ai entrepris de tapisser les murs de mon salon de livres choisis. Et aussi parce que l'engagement des libraires à soutenir des livres qu'ils aiment, à proposer des ouvrages aux lecteurs, le fait qu'ils soient en conversation directe avec les lecteurs, leur confère un rôle social central. J'aimerais beaucoup que cette fonction, au lieu d'être menacée, soit indéfiniment augmentée.

La revue de presse : Dominique Guiou - Le Figaro du 8 novembre 2012

On pourra voir, dans cette succession de sept histoires, une satire enjouée de l'omniprésence des réseaux sociaux, mais aussi une description parodique des stratégies de management mises en place dans les entreprises. La construction du roman en déroutera plus d'un, mais si l'on est sensible à la littérature inventive, on ne pourra qu'apprécier la drôlerie du propos.

La revue de presse : Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 1er novembre 2012

Le livre est déroutant, à mi-chemin entre le roman et l'essai, qui explore l'esprit de ce début de siècle avec sept parties en forme de collages. On y trouve un peu de tout, des schémas, des photos et une petite fille qui a son mot à dire sur la finance. Un pari osé, mais réussi, par l'auteur qui dévoile un vrai talent pour la composition et l'expérimentation formelle. Un ovni littéraire, jamais hermétique, souvent drôle et toujours pertinent.

La revue de presse : Alain Nicolas - L'Humanité du 4 octobre 2012

Dans le monde des fées, l'impossible se produit tout le temps et, en plus, personne ne s'en aperçoit. C'est même la définition du terme « féerie », un monde où le merveilleux est monnaie courante ; nous y sommes, semble dire Emmanuelle Pireyre, qui entreprend de nous le faire toucher du doigt dans un livre comme elle a l'habitude d'en faire, profondément juste et totalement décalé...
Histoires vite dites, paroles toutes faites, idées reçues volent en éclats quand Emmanuelle Pireyre tire sous leurs pieds le tapis de la langue, avec ce livre allègrement subversif, féerique, en somme.

La revue de presse : Eric Chevillard - Le Monde du 23 août 2012

Ce roman se donne moins comme un récit que comme un dispositif ludique ou une installation d'art contemporain avec ordinateurs et vidéos, lesquels sont devenus, tout autant que les écrans de la fiction, des miroirs du réel. Nous n'avons sur lui d'autre prise que celle-ci, semble-t-il : " Nous ne pouvons demeurer à l'intérieur des choses, même si elles sont notre plus grand amour (...). Nous ne pouvons pas nous attarder. Impossible, même si la joie nous envahit, de tenir en place sur un flanc de montagne pour regarder le lac brillant dans la nuit. " Aussi bien, nous ne lirons pas ici un de ces romans où tout tient et se tient ; son encre n'est pas une huile injectée dans les rouages grippés du monde. La fiction du réel ordonnée par la littérature ne fait plus illusion. Mais si Emmanuelle Pireyre se moque férocement de ceux qui persistent à y croire, elle sait pourtant que l'on peut en avoir la nostalgie, comme du paradis perdu...
Féerie générale est un livre sans leçon, dont toutes les démonstrations n'aboutissent qu'à prouver la belle santé morale de l'humour en temps de crise. Puis aussi la nécessité de préserver envers et contre tout " notre précieuse réserve de récalcitrant ".

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