La coureuse
La coureuse — Le choix des libraires

Livres

"La coureuse" de Maïa Mazaurette chez Kero (Paris)

Résumé

Portrait d'une femme qui doute, qui aime. Chronique d'une sexualité qui se veut sans attache, La coureuse est le livre de notre époque.

«Copenhague m'attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m'aimera. Je l'aurai.
Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C'est pour mieux devenir une femme, mon enfant. C'est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre.»

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce que c'est difficile, elle va s'accrocher et aller jusqu'au bout des compromissions possibles. Parce quelle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

Maïa Mazaurette est écrivaine et scénariste de BD. Elle tient sexactu.com, le plus important blog français sur la sexualité. La Coureuse est son quatrième roman.

Le choix des libraires : choisi le 07/02/2013 par Marc Rauscher de la librairie BIRMANN MAJUSCULE à THONON-LES-BAINS, France

Maïa se définit elle-même comme une «chasseuse», pour elle, les hommes «il faut les prendre» et ses relations amoureuses ne peuvent durer plus de deux ans. Dans ce roman autobiographique, elle narre comment elle entreprend la conquête de Morten, le beau danois, comment pour lui elle accepte de faire des concessions qui lui semblent être des compromissions. Avec un humour acide elle analyse les rapports de couple aussi bien dans la gestion du quotidien que sur le plan plus intime de la sexualité. A trop vouloir plaire à son Viking, ne risque-t-elle pas de s'oublier elle-même ?

Courier des auteurs le 04/10/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Maïa Mazaurette. Je suis auteure depuis dix ans : de romans, de guides, de BD, de chroniques, de blogs... A part ça, je suis une trentenaire voyageuse et surconnectée, sans domicile fixe. Je vis dans l'avion avec un ordinateur sur les genoux. Un vrai cliché de la génération Y ! (Du moins celle qui a la chance d'avoir du travail.)

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'amour aujourd'hui, et les pièges qu'il nous tend. En tant que femme (mais je pense que c'est aussi vrai pour les hommes), on se retrouve coincée entre des modèles inconciliables : le conte de fée qui ne fonctionne pas, et le pragmatisme amoureux qui n'enthousiasme pas grand-monde. Toutes les solutions offertes depuis la révolution sexuelle sont assez déprimantes. J'ai donc fait le choix de raconter l'histoire d'une femme qui rencontre un prince charmant moderne : quand toutes les conditions sont réunies, l'amour est-il possible ? A partir de cette trame, je parle de ce qui me tient à coeur : la sexualité, Internet, l'argent dans le couple, le besoin d'appartenir à quelqu'un, tout en restant radicalement indépendante en même temps... Je nous mets face à nos contradictions. Et je propose des pistes.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Je suis une femme et vous allez me le payer." Je l'ai choisie parce qu'être une femme est parfois associé à une espèce de béatitude : tout est possible, tout est joli... alors qu'on galère quand même beaucoup. Avec cette phrase je réaffirme le droit qu'on a d'être révoltées - sourire oui, mais avec les dents.

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Ce livre n'est pas une musique : on est tellement envahis par la musique ! Je préfère le silence, les sirènes des voitures, ou tout simplement les conversations. A vrai dire, La Coureuse rappelle le chaos des bruits de la ville : du rythme, mais pas forcément de mélodie évidente.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Je voudrais qu'ils se reconnaissent. L'autofiction est un moyen de les atteindre : même si la Coureuse porte mon nom, c'est bien de notre société en général que je parle, de notre intimité collective. Je tiens beaucoup à ce lien.

Courier des auteurs le 04/10/2012

Comment pourriez-vous résumer l'intrigue de votre nouveau roman ?
Je voulais parler des rapports hommes-femmes aujourd'hui : comment nous sommes piégés entre des modèles amoureux qui ne fonctionnent pas. On suit donc le cheminement d'une héroïne qui est, comme le titre l'indique, une coureuse : elle aime les hommes et elle aime aller vite. On va l'accompagner du début à la fin d'une passion très violente, avec des enjeux de pouvoir, d'argent et d'identité qui vont secouer toutes ses certitudes. Aimer quelqu'un c'est aussi lui faire la guerre : on est sur de la confrontation homme-femme, riche-pauvre, amour passionnel-serial séduction. Mais à mesure que l'héroïne obtient ce qu'elle veut, ou ce qu'elle croit vouloir, l'histoire devient plus ambiguë : on fait quoi, quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

C'est une vraie autofiction, avec beaucoup de choses qui sont arrivées et beaucoup d'arrangements avec la réalité. J'ai voulu que l'héroïne porte mon nom pour ne pas qu'on puisse la disqualifier comme simple personnage de fiction : cette femme solide, parfois calculatrice, et bourrée de contradictions, elle existe. Évidemment elle existe bien au-delà de moi.

Que dit le couple sur notre société ?
Mon histoire me permet d'évoquer les deux modèles amoureux actuels : celui de la révolution sexuelle qui voudrait que finalement on soit assez blasé, et celui des contes de fées, où l'amour exclusif existe mais en totale déconnexion avec la réalité. Ce sont deux modèles extrêmement forts : on aimerait être une femme totalement libérée, avec un amant par soir de la semaine, autant qu'on voudrait être l'épouse formidable qui a fait un beau mariage et qui aura de beaux enfants. Le pouvoir d'attraction de ces deux visions du monde est puissant, irrésistible même, sans doute parce qu'on choisit d'y oublier les jeux de domination homme-femme, les questions économiques, la chimie amoureuse, le poids du quotidien... Dans ce livre, je confronte la réalité sociale d'un couple face aux modèles. Je critique radicalement les choix qui nous sont proposés et je tente, à travers l'histoire de mon héroïne, de défendre un nouveau modèle : celui de la monogamie sérielle. Ma génération a tout un imaginaire sentimental à reconstruire. Par exemple, personnellement, je ne peux me reconnaître ni dans les valeurs de mes parents, ni dans celles de mes grands-parents. J'essaie donc d'inventer autre chose. Un autre couple.

Pourquoi centrer votre travail autour du couple et de la sexualité ?
C'est une thématique naturelle pour moi. Je travaille depuis dix ans sur ces questions, qui ont le mérite d'être extrêmement transversales. Ensuite, il y a une affinité personnelle : j'ai grandi avec des photos pornos et des bouquins érotiques autour de moi - des choses assez hard et fantaisistes. Pour moi la sexualité n'est jamais subversive. Ça me donne une liberté et un recul qui passent parfois pour de l'inconscience, mais je ne vais pas faire semblant d'avoir des tabous !

Comment vous définiriez-vous ? Comme une romancière, journaliste, sociologue du couple ?
Je préfère dire que je suis auteure. Je n'ai aucune légitimité académique, je suis journaliste de formation mais je suis passée il y a déjà plusieurs années du côté sombre des chroniqueurs. Le lien entre toutes mes activités reste la fiction, même si elle est parfois très intégrée dans le réel. Ensuite, je ne ressens pas la nécessité de me définir. Mes projets vont de la science-fiction à la BD jeunesse en passant par des essais et des chroniques radio : je voudrais surtout ne jamais devenir une ultraspécialiste. Il faut que ça bouge !

Quelles idées souhaitez-vous faire passer dans vos romans que vous ne pouvez peut-être pas exprimer dans vos blogs ?
J'ai développé une image de fille pétillante, qui parle de sexe en restant drôle. C'est bien. Il faut que cette vision-là du sexe soit donnée. Mais à un moment, en rester à dire que tout est ok dans les rapports hommes-femmes et dans la sexualité, c'est un mensonge. Seul un roman me permet de développer, en détail, un malaise que je ne peux habituellement que survoler. Ce roman, c'est la zone grise. Quand je parle des questions d'argent dans le couple, des frustrations liées à une sexualité standard, des enjeux de pouvoir liés au timing amoureux, ce n'est possible que dans la longueur, sinon je me trahirais. Il faut que la contradiction et l'hésitation soient là, pour être au plus près du réel. Dans ces conditions le roman est une évidence, et l'autofiction n'est certainement pas un choix de facilité.

Vous vivez entre Berlin et Copenhague. Par choix, obligation professionnelle ou bien par souci de préserver votre indépendance ?
Paris, Berlin, Copenhague, ce n'est qu'un début... Comme l'héroïne du roman, je me pose rarement plus d'une semaine quelque part. En fait, les endroits n'ont aucune importance, je suis chez moi partout où il y a Internet. Le seul lieu récurrent de ma vie, depuis six ans, c'est l'aéroport. C'est une question d'indépendance mais surtout de claustrophobie : j'ai l'impression de stagner dans ma tête quand je stagne physiquement, je suis donc en fuite constante. Et ça marche. C'est paradoxal mais me disperser permet de me rassembler, et puis après tout ce temps, j'ai oublié comment vivre autrement. Donc j'ai ma valise, et je cours, je cours, je cours... on verra où j'arrive. Si ça se produit un jour.

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