L'hiver des hommes
L'hiver des hommes — Le choix des libraires

Livres

"L'hiver des hommes" de Lionel Duroy chez Julliard (Paris, France)

Résumé

Fasciné par le destin des enfants de criminels de guerre, Marc part à Belgrade en 2010 pour enquêter sur le suicide de la fille du général Mladic, accusé de crimes contre l'humanité par la justice internationale et pourtant vénéré dans son pays. Dans la minuscule république serbe de Bosnie, Marc se retrouve face aux acteurs de ce conflit abominable. Avec une franchise déconcertante, ils racontent les désastres qu'ils ont vécus, les atrocités qu'ils ont commises pour conquérir une paix improbable. Aujourd'hui, ils ont le sentiment d'avoir gagné, ils ont chassé les Musulmans et les Croates. Enfermés dans un territoire ethniquement pur, ils ont réalisé ce rêve nationaliste qu'on voit ressurgir aux quatre coins de l'Europe : se débarrasser enfin de l'autre. Mais leurs frontières infranchissables ne sont qu'une prison derrière laquelle meurt tout un peuple.

Lionel Duroy pose sur ces êtres démunis, enlisés dans leurs certitudes, un regard lucide et empreint d'empathie. Ces hommes et ces femmes sont-ils les derniers survivants d'un monde qui disparaît ou les précurseurs d'un désastre à venir ?

Le choix des libraires : choisi le 22/10/2012 par Clo Brion de la librairie VANDROMME à LES VANS, France

Ce roman, comme le précise lui-même Lionel Duroy, a pour point de départ le suicide d'Ana Mladic, fille bien aimée du dictateur serbe, boucher de Bosnie comme il fut justement nommé. La question que se pose le narrateur, Marc, porte sur le devenir de ces enfants, fils ou filles de criminels de guerre. De retour dans ce minuscule territoire serbe de Bosnie, il va croiser des hommes et des femmes, enclavés dans leurs certitudes ethniques et qui racontent les atrocités d'une guerre. Le journaliste ne juge pas, il écoute avec empathie les témoignages d'êtres reclus, prisonniers de leur propre histoire, sans avenir autre que celui de la haine de l'autre. Au delà de ce reportage romancé plein d'humanité à l'écriture fluide, l'auteur, face à son propre désarroi s'interroge sur la construction individuelle de chacun au sein de familles délétères et comment se défaire de cet héritage personnel. «L'Hiver des hommes, comme l'hiver de la vie».

La revue de presse : Thomas Hofnung - Libération du 8 novembre 2012

C'est un voyage dans un monde engourdi, où la neige assourdit tout, les ruminations et les drames. Un monde replié sur lui-même, où le visiteur étranger est regardé avec suspicion. Au plus fort du conflit dans l'ex-Yougoslavie, Lionel Duroy avait déjà voulu se rendre dans les Balkans pour se confronter aux gens pris dans l'étau de la guerre (Il ne m'est rien arrivé, Mercure de France). Cette fois, l'écrivain a choisi de s'immerger en Republika Srpska, l'entité que les Serbes de Bosnie ont arrachée à l'issue de trois ans et demi d'une guerre sanglante. e narrateur, Marc, est un écrivain parisien en pleine dérive sentimentale. Intrigué depuis des années par le suicide de la fille du général Ratko Mladic, le «boucher des Balkans» (qui croupit aujourd'hui dans une cellule du Tribunal pénal international à La Haye), il décide d'enquêter sur ce drame.

La revue de presse : Raphaëlle Leyris - Le Monde du 6 septembre 2012

L'Hiver des hommes réussit à concilier les deux faces de son travail, en même temps qu'il rappelle quel grand journaliste, à Libération puis à L'Evénement du jeudi, Lionel Duroy a été. A ce titre, il avait couvert la guerre de Bosnie (1992-1995) qui lui avait inspiré le récit Il ne m'est rien arrivé (Mercure de France, 1994). L'Hiver des hommes marque son retour en ex-Yougoslavie...
Que fait-on de ce dont on a hérité ? De quelles marges de manoeuvre dispose-t-on pour s'inventer un destin, une vie propre ? Les guerres dans les Balkans ont ceci de commun avec une tragédie familiale que leurs échos se répercutent d'une génération à l'autre, éternellement. A moins que... L'Hiver des hommes est ainsi un très beau livre sur les prisons dans lesquelles on naît, et celles que l'on édifie autour de soi, à l'image de cette République serbe de Bosnie, qui se vit comme enclavée, en conflit avec le reste du monde, alors que Sarajevo est tout près, et que, vu de là-bas, la guerre est terminée. L'écriture limpide de Duroy guide le lecteur à travers ces geôles. Aussi sombre que puisse être L'Hiver des hommes, il laisse espérer qu'une évasion soit malgré tout possible.

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