Une classe politique nordiste très enseignante

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La parité sociale absente de l'Assemblée nationale. Les ouvriers et les employés disparaissent de la classe politique, rappelle une enquête de l'Observatoire des inégalités paru la semaine dernière (voir encadré). Le constat est encore plus flagrant dans la région. Alors qu'ouvriers et employés représentent plus de la moitié de la population active, avec un taux plus important qu'ailleurs*, aucun député n'est issu de cette catégorie socioprofessionnelle. Deux exerçaient une profession intermédiaire : instituteur pour le socialiste Bernard Derosier et éducateur spécialisé pour le communiste Alain Bocquet. L'UMP Christine Marin est commerçante. Tous les autres appartiennent aux professions libérales et supérieures, avec une forte représentation des métiers de l'enseignement. Dans le Pas-de-Calais, pas moins de huit députés sur onze sont professeurs. Dans le Nord, ils sont six sur vingt-quatre, plus une ancienne inspectrice de l'Education nationale (Françoise Hostalier-UMP). On dénombre aussi quatre avocats, autre profession surreprésentée.
« Les grands partis ne se tournent pas assez vers le monde du travail, confirme Sylvain Stanesco, conseiller régional (PS) et toujours ouvrier. La rupture est réelle et inquiétante pour l'avenir. Quand on est élu depuis vingt ou trente ans, on a perdu tout lien avec la vie quotidienne des gens. » Mais les volontaires ne sont pas nombreux. « On risque de se retrouver sans emploi en cas de non-réelection », souligne l'élu.
A noter que dans l'arrondissement de Lille, on trouve aussi un ingénieur (Francis Vercamer-NC), un directeur à la Banque de France (Dominique Baert-PS), un notaire (Sébastien Huyghe-UMP), un ancien chargé d'études (Alain Cacheux-UMP), un directeur de société de recrutement (Marc-Philippe Daubresse-UMP) et un chargé de communication (Thierry Lazaro-UMP).
* Source Insee.

Disparition

Il n'y a jamais eu aussi peu d'ouvriers (3) et d'employés (7) à l'Assemblée nationale depuis sa création en 1871, souligne Patrick Lehingue, professeur de sciences politiques et auteur de cette enquête. Il n'y avait, à l'époque, que 4 ouvriers qui siégeaient. La plus forte représentation des classes populaires se situe en 1936 (56 ouvriers et 33 employés) et en 1945 (65 ouvriers et 33 employés). En 1978, ils étaient encore 44, soit 9 % de l'effectif. Depuis, à chaque élection, le nombre ne cesse de chuter. « Les partis ne sont plus de masse », note Patrick Lehingue.