Jean-Chabrol : « Mieux utiliser les effectifs de police »

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Interview de Jean Chabrol, directeur départemental de la sécurité publique.

Vous dirigez depuis lundi les services de police du département. Le changement avec les Hauts-de-Seine, d’où vous venez, est-il important ?

Oui et non. Les Hauts-de-Seine ont de très fortes inéga-lités, ce que l’on retrouve dans le Nord. C’est un département que je connais bien car j’y ai travaillé dix ans, de 1976 à 1986, à ma sortie de l’école. Certains secteurs souffrent encore beaucoup économiquement, il faut s’y adapter.

C'est-à-dire ?

Mettre plus de moyens dans certains quartiers, par exemple, où les difficultés sont plus importantes.

Y a-t-il de grosses différences entre le Nord d'aujourd'hui et celui que vous avez quitté voici 20 ans ?

C'est certain qu'il y a vingt ans nous n'étions pas appelés pour des feux de voiture ou de poubelle. C'est un phénomène que l'on ne peut résoudre qu'en augmentant la coopération avec les associations sur le terrain, et les maires, qui connaissent le mieux leur population.

Et avec la justice ? La crise du CPE a fait apparaître quelques divergences de vue avec la police...

Peut-être, mais cela peut toujours se régler en discutant, si chacun sait reconnaître ses erreurs. Seuls les voyous trouvent leur intérêt dans les frictions entre police et justice.

Les chiffres de la délinquance sont en hausse
dans le Nord (+ 17 % en mai). Cela vous inquiète ?


Il ne faut pas paniquer. Après les violences de novembre, la tension met du temps à redescendre dans certains quartiers. Et l’agitation de ce printemps [les manifestations anti-CPE] a joué. Dans le Nord, la délinquance par habitant reste en dessous de la moyenne nationale.

Les effectifs de police sont eux aussi bien en dessous de la moyenne…

Oui, mais on ne peut pas gonfler les effectifs en permanence. Nous allons effectivement recruter notre quota de 500 adjoints de sécurité [420 actuellement]. Surtout, il faut mieux utiliser ces effectifs.

C’est-à-dire ?

Il s’agit du regroupement des circonscriptions de sécurité, déjà entamé : avec un seul commandement, au nouveau commissariat de Lille, la gestion des effectifs sera plus souple. C’est un chantier lourd car on casse certaines habitudes, mais je fais confiance à l’ingéniosité des gens du Nord. J’attache beaucoup d’importance à la coopération avec les maires, les associations, l’inspection d’académie.

Et la vidéo-surveillance ?

J’y suis favorable pour les quartiers sensibles ou les transports en commun. Elle est efficace contre le sentiment d’insécurité, dans la dissuasion et l’enquête. Mais elle ne suffit pas à transformer un quartier.

Avez-vous remarqué un type de criminalité plus présent dans le Nord, sur lequel il faudrait plus intervenir ?

Bien sûr, la nature frontalière du Nord et sa proximité avec la région parisienne encouragent certains trafics. Mais je veux aussi mettre l'accent sur la sécurité routière en accentuant les contrôles pour réduire le nombre de victimes, et je reste très attaché à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Enfin, il faut continuer le travail pionnier du Nord en matière de lutte contre les violences intra-familiales. Ce travail avait d'ailleurs influencé les Hauts-de-Seine.

Recueilli par O. A.