Jean-Pierre Balduyck : «Les maires ne sont pas des shérifs»

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Interview de Jean-Pierre Balduyck, maire (PS) de Tourcoing. Président du Forum français pour la sécurité urbaine.

Vous avez critiqué le projet de loi sur la prévention de la délinquance que Nicolas Sarkozy doit présenter aujourd'hui en Conseil des ministres. Pourquoi ?

C'est la confusion des rôles qui me dérange. Ce projet donne aux maires un pouvoir de sanction des délinquants dont ils ne veulent pas. On ne doit pas empiéter sur la justice. Les maires ne sont pas des shérifs.

Redoutez-vous d'être discrédité dans votre action ?

Complètement. Ce projet prévoit aussi de nous transférer la compétence de mise sous tutelle des allocations familiales. J'imagine très bien la réaction de mes administrés dans un tel cas. « Au lieu de me retirer mes allocs', vous feriez mieux de trouver du boulot pour mon fils, et de nous mettre dans un autre logement... », me diront-ils. Et ils auront raison.

Que proposez-vous alors ?

Le système actuel peut fonctionner. L'Etat doit nous encourager dans notre rôle de coordinateur. Nous devons continuer à réunir tout le monde autour d'une table, mais pas nous mettre à sévir. Et puis, ce n'est pas un texte de loi qu'il manque, mais des internats, des éducateurs, des prisons décentes, de vrais centres éducatifs...

Craignez-vous que ce débat soit récupéré à des fins politiques ?

Oui, et c'est dangereux. Un candidat en campagne pour les municipales pourrait ainsi promettre à ses électeurs d'arrêter deux fois plus de délinquants que son prédécesseur. Avec toutes les dérives extrémistes que cela peut engendrer.

Recueilli par Vincent Vantighem

Le projet Sarkozy sera examiné en octobre par l'Assemblée nationale. Il fait du maire le pivot de la loi, en créant un conseil des familles qu'il présidera et en lui donnant le pouvoir de sanctionner des délinquants.