« La société n'a pas tout fait pour défendre cette femme »

Gilles durand

— 

L'avocat général Luc Frémiot.
L'avocat général Luc Frémiot. — M.Libert / 20 Minutes

«Acquittez-la ! » C'est un réquisitoire singulier qu'a prononcé, vendredi, l'avocat général, Luc Frémiot, au terme d'un procès de trois jours où comparaissait, aux assises du Nord, à Douai, une femme accusée du meurtre de son mari. En juin 2009, Alexandra Lange, épouse Villemin, tuait d'un coup de couteau l'homme qui l'avait régulièrement frappée et lui avait fait vivre un cauchemar pendant des années. Elle a fait 17 mois de détention provisoire pour ce geste que le jury a finalement considéré comme de la légitime défense.

« Un arrêt qui marquera »
Une fois n'est pas coutume, l'avocat général s'est donc placé du côté de la défense, estimant « représenter la société, mais que la société n'a pas tout fait pour défendre cette femme ». Il a pointé les dysfonctionnements de l'assistance sociale et de la police dans cette affaire. « C'est un arrêt qui marquera et servira le combat contre les violences faites aux femmes, souligne Nathalie Tomasini, l'une des deux avocates d'Alexandra Lange. Il tend à faire bouger les choses en termes de présomption de légitime défense dans le cadre des homicides conjugaux. » Selon l'avocate, la France accuse un retard de vingt ans sur le Canada dans ce domaine. « La légitime défense est établie car elle se sentait en danger de mort quand elle a agi », note l'avocate.
Alexandra Lange et son père ont été néanmoins condamnés respectivement à un et six mois de prison avec sursis pour avoir maquillé la scène de crime.

Emprise

Les rapports psychiatriques ont été dénoncés par Janine Bonagguinta, l'une des avocates : « Aucun ne parlait de notion d'emprise, alors qu'on est dans le cas typique de syndrome de la femme battue qui ne peut absolument pas s'en sortir. »