« Un projet qui vient en dernier recours »

Recueilli par gilles durand

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Jean-Marc Florin croit en l'avenir des coopératives.
Jean-Marc Florin croit en l'avenir des coopératives. — M.Libert / 20 Minutes

Après SeaFrance, un autre projet de reprise d'activité se monte à Lomme par le biais d'une Scop (société coopérative et participative, c'est-à-dire possédée majoritairement par ses salariés). Le directeur de l'union régionale des Scop, Jean-Marc Florin, explique ce phénomène.

Où en sont ces deux projets médiatiques ?
Chez SeaFrance, ils n'ont pas voulu qu'on s'occupe de leur plan d'affaires. Nous n'en avons aucun élément. Nous suivons de très près, en revanche, la reprise de l'imprimerie Hebdoprint. Les salariés ont l'avantage de ne pas y croire de façon poétique et utopique. Ils savent que l'engagement financier personnel sera conséquent.
Y a-t-il un engouement actuel pour la Scop?
Pas vraiment. On crée, bon an, mal an, dix à vingt Scop dans la région, ce qui correspond à environ 80 emplois nouveaux. La culture coopérative n'est pas développée, contrairement à la Bretagne, par exemple. En Rhone-Alpes, c'est l'effet d'exemplarité qui fonctionne. On y crée 250 Scop par an.

Qu'est-ce qui bloque

pour créer une Scop ?
Le problème n'est pas la taille, mais l'état du marché. Le projet de Scop vient souvent en dernier recours. Si leur société n'avait pas été liquidée, les salariés de l'imprimerie Hebdoprint, à Lomme, m'ont avoué qu'ils n'auraient jamais pensé à monter une coopérative. Nous sommes encore dans une société cupide. Quand une entreprise gagne de l'argent, elle ne pense pas à le partager. Il nous arrive environ cinq fois par an d'avoir des dossiers de création Scop, lors d'une succession sans problème financier. A chaque fois, quelques cadres préfèrent se réunir pour racheter la société plutôt que d'en faire profiter tous les salariés.
Est-ce l'entreprise idéale ?
Il existe souvent des tensions au sein des Scop. Contrairement à ce qu'on croit, tout le monde ne devient pas patron. On consulte, on concerte, une synthèse se dessine et la majorité, parfois très courte, décide. Les salariés sont peu habitués à ce genre de démocratie en entreprise.