Christian Thomas, du plomb dans la tête

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L'industrie, il y croit encore. Pourtant, Christian Thomas ne pourra pas lancer son usine d'éthanol, à Dunkerque, avec 600 emplois à la clé. L'ancien dirigeant de Metaleurop Nord avait travaillé son projet pendant deux années et mobilisé 70 millions d'euros pour répondre à un appel à projets du gouvernement. Son dossier n'a pas été retenu. Mais pas question pour Christian Thomas de baisser les bras.

Une fois par semaine, l'ancien patron quitte Paris pour le Nord-Pas-de-Calais, à la rencontre de partenaires, bien résolu à monter une entreprise dans le Nord. A Isbergues, peut-être, où il attend d'ultimes engagements pour un projet de 50 emplois. Dont, espère-t-il, pourraient profiter des anciens de Metaleurop. Il serait trompeur de voir derrière cette agitation la repentance d'un dirigeant voulant expier les fautes d'un groupe, auquel il a été fidèle pendant quatorze ans. L'homme est simplement un affectif.

Dans les années 1990, il intègre Pennarroya, ancêtre de Metaleurop, pour qui il réorganise la branche plomb, qui cumule les pertes : « J'aime les situations difficiles », reconnaît Christian Thomas. Déjà les problèmes de pollution sont connus, notamment à Noyelles-Godault. Des études menées depuis 1994 y montraient que 10 % des enfants des environs présentaient un taux de plomb dans le sang inquiétant. « Nous ne sommes pas coupables d'un outil de travail dont nous avons hérité », se défend-il, assurant avoir réduit du tiers les émissions de plomb du groupe. En 2004, il prend la tête du site nordiste. Avant d'être licencié, quatre mois après, par la holding Glencore. « Avec le tort, explique-t-il, d'avoir élaboré une restructuration sauvant le site. »

De cette cuisante expérience, il retient la rencontre avec « des employés dotés d'un immense savoir-faire et de courage ». C'est pour eux qu'il a convaincu Sita, une filiale de Suez spécialisée dans la gestion des déchets, de s'installer sur place. C'est encore cet esprit de solidarité qui explique ses démarches actuelles. Pour lui, l'industrie n'est possible qu'à condition « d'être créatif et de faire les choses sans polluer ». Pour les ex-Metaleurop. Pour lui aussi. « J'ai les connaissances et le carnet d'adresses. A 50 ans, je veux concrétiser mes projets. »

Caroline Béhague