Une représentation sous tension

Gilles Durand

— 

La manifestation s'est déroulée sans incident. Les pouvoirs publics avaient déployé les grands moyens.
La manifestation s'est déroulée sans incident. Les pouvoirs publics avaient déployé les grands moyens. — M.Libert / 20 Minutes

Avis de tempête sur La Rose des Vents. La salle de spectacle de Villeneuve-d'Ascq présentait, hier soir, la première des deux représentations de la pièce Sur le concept du visage de Dieu de Romeo Castellucci. Une œuvre qui provoque la colère d'un mouvement intégriste catholique, l'institut Civitas, qui la considère comme « christianophobe » et lance des appels aux rassemblements dans chaque ville où elle est présentée.
Villeneuve-d'Ascq n'a pas échappé à la règle et environ trois cents personnes ont bravé le froid pour se réunir devant l'hôtel de ville. « Nous sommes venus prier en réparation de ce spectacle qui insulte les chrétiens qui, partout dans le monde, sont victimes de répressions au nom de leur foi », dénonce Alain Escara, secrétaire général de Civitas. « C'est une manifestation pacifique, mais nous en avons marre de toujours voir l'image du Christ abîmée », expliquent Valérie et Béatrice, venues se mêler au groupe des manifestants, parmi lesquels quelques membres du Bloc identitaire avaient pris part.
Mais de prière devant le théâtre, il n'y eut point. Les pouvoirs publics avaient déployé les grands moyens pour que la représentation ait lieu sans incident. Accès routiers bouclés, des policiers jusque dans le métro et des CRS jouant les ouvreurs sur le trottoir, allant même jusqu'à vérifier l'authenticité des billets présentés. Le mois dernier, une représentation, chahutée par des spectateurs, avait dû être annulée à Paris. « Je suis effarée de ce qui se passe, regrette Caroline, une spectatrice. Moi, je ne vais pas manifester devant les églises ». Même consternation de la part de Didier Thibaut, directeur de La Rose des Vents. « Nous recevons une dizaine d'e-mails et de courriers chaque jour depuis septembre. Je n'ai jamais vu ça », raconte-t-il. En revanche, aucune menace, si ce n'est de « finir en enfer ». La direction du théâtre est d'autant plus surprise qu'en Pologne ou en Italie, pays réputés pour leur catholicisme profond, la pièce n'a soulevé aucune contestation.
De son côté, l'archevêque de Lille, Mgr Ulrich, s'était désolidarisé de la manifestation fondamentaliste, appelant néanmoins lui aussi les croyants à une « veillée de prières ». La manifestation devrait se renouveler, ce soir, pour la seconde représentation.