Ils luttent contre l'abstentionnisme

Gaëtane Deljurie

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«Voter, c'est ouvrir sa gueule, mais en mieux ». C'est avec ce slogan que la toute nouvelle Brigade Action Citoyenne espère faire mouche, les 3 et 10 décembre, entre 14 h et 16 h, sur la place de la Liberté à Roubaix. « Nous voulons convaincre les jeunes de 18 à 25 ans de l'importance de voter, explique David Guilbert, président de cette nouvelle association roubaisienne qui se veut apolitique et civique. Les jeunes ne sont pas fâchés avec le vote mais plutôt avec la politique. » Lors des précédentes élections cantonales et régionales, l'abstention à Roubaix avait atteint des records (lire encadré). Une étude municipale avait alors pointé du doigt la non-inscription (15 %) ou la mal-inscription (15 %). « Quand on est jeune, en situation précaire et peu mobile géographiquement, se déplacer dans une autre ville constitue parfois un obstacle insurmontable », note Julien Talpin, chercheur à Lille-II, spécialiste du rapport des classes populaires à la politique.

Problème de représentation
Pour le co-fondateur de la Brigade Action Citoyenne, ce n'est pas la vraie raison du malaise. « Majoritairement, les jeunes pensent que les élus ne peuvent pas changer leur quotidien. Personne ne vient leur parler dans un langage vraiment intelligible. La politique revêt aujourd'hui une image vieillotte. Or les jeunes ont des opinions, sans forcément avoir le lexique ni la syntaxe pour l'énoncer clairement. A nous de leur faire comprendre que la politique peut leur permettre de prendre leur avenir en main », poursuit David Guilbert, ancien enseignant de lettres, aujourd'hui engagé dans l'associatif culturel roubaisien.
Le chercheur en sciences politiques, Julien Talpin, avait, lui, constaté que la montée de l'abstention résulte de la crise du militantisme. « Avant, les militants politiques vivaient aux côtés des classes populaires. Il y a également un problème d'offre politique. Tant que la politique sera une affaire d'hommes, vieux, blancs, de classe moyenne supérieure, il est peu probable que les classes populaires se sentent représentées. »

Basculement

Roubaix est la ville des extrêmes. Jusque dans les années 1970, huit Roubaisiens sur dix votaient régulièrement. Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la tendance s'est inversée. Pour culminer à plus de 70 % d'abstentionnistes lors des élections des représentants du conseil général du Nord en mars 2010 et du conseil régional Nord-Pas-de-Calais en mars 2011. Dans certains quartiers, on a même atteint plus de 80 %. Moins de trois électeurs sur dix s'étaient déplacés pour aller voter.