Les bambins ont la parole

Gilles Durand

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Un atelier de stimulation au langage dure entre dix et quinze minutes.
Un atelier de stimulation au langage dure entre dix et quinze minutes. — M.Libert / 20 Minutes

Stimuler la parole avant l'entrée à l'école. Deux structures d'accueil lilloises de la petite enfance ont lancé, depuis une semaine, un dispositif, baptisé Parler Bambin, qui vise à réduire les inégalités de langage. « Il s'agit de faire la conversation avec les enfants de manière individualisée le plus souvent possible », explique Marie-Christine Vincent, directrice de la halte-garderie Trévise, dans le quartier Moulins, qui participe à l'expérimentation avec la crèche Marie-Curie de Lille Sud. Comme sa collègue éducatrice Bénédicte Servais, elle a été formée à une méthode élaborée par le docteur Michel Zorman et qui a fait ses preuves à Grenoble. « La vie collective de la crèche encourage la socialisation, mais ne favorise pas les interactions langagières individuelles soutenues, surtout avec des enfants qui parlent peu », souligne le médecin.

L'appétit du langage
Le principe est de ne jamais anticiper les demandes des enfants. « Il faut donner l'appétit du langage, note Bénédicte Servais. Nous, adultes, avons souvent tendance à faire les questions-réponses. Or, il faut attendre que l'enfant formule ce qu'il veut avec ses mots, un simple babillement ou un geste ».
D'ici à 2013, dix crèches lilloises vont adopter cette méthode éducative qui se traduit aussi par des ateliers pour les enfants de 23-24 mois. « Toujours avec l'accord des parents, précisent les deux éducatrices formées. On discute avec eux pour savoir quels sont les mots utilisés par l'enfant. En général, il doit en connaître entre 100 et 150. Si ce n'est pas le cas, on propose qu'il suive ces ateliers basés sur une lecture interactive ». Et d'insister sur le fait que « ce dispositif n'est, ni un repérage, ni une évaluation, mais une aide au développement du langage ». L'objectif de la mairie est de lutter contre l'illettrisme. « Ce problème est lié à la situation sociale et culturelle des personnes », constate Sylvie Leblanc, élue (Verts) chargée du dossier à la ville, qui espère ainsi prévenir l'échec et le décrochage scolaire.

un potentiel d'apprentissage très élevé

Depuis les études du psychologue et biologiste Jean Piaget, dans la première moitié du XXe siècle, on sait que le potentiel d'apprentissage d'un enfant est très élevé entre 0 et 3 ans. Depuis, les étudesont prouvé que l'interaction sociale joue aussiun rôle très important dans la manière d'apprendre.