Patron mais pas trop

©2006 20 minutes

— 

Il se défend d'être un patron. Pourtant Guy Marseguerra, directeur de la salle de spectacle du Splendid, fondateur de Verone productions, emploie une cinquantaine de personnes et dirige quatre sociétés. Et postule à la gestion du théâtre Sébastopol, en plein coeur de Lille.

« Si on m'avait dit ça à l'âge de 16 ans, avec mes convictions, je n'y aurais pas cru. » A l'époque, le football est sa seule ambition. Trop juste, il rate son essai à Valenciennes. Il se console dans la musique et devient, dans les années soixante-dix, un chanteur aux textes engagés. Il fait un album, sans succès : « Pas assez de talent. » Il devient alors technicien. Dix ans plus tard, Guy Marseguerra organise des tournées pour les plus grands artistes français. « Si Eddy Mitchell n'a pas Guy pour monter en scène, il lui manque vraiment quelque chose », raconte Arnaud Delbarre, patron – nordiste – de l'Olympia. « Lors des spectacles de Johnny, Sardou ou Sanson, je suis là, à quelques mètres de la scène, raconte Guy Marseguerra. Je ne vis pas l'émotion du chanteur mais presque... celle du joueur réussissant une passe décisive. » Mais ce n'est pas encore assez d'émotions pour ce quinquagénaire qui vise, avec trois autres candidats, la direction du Sébastopol : « C'est le plus beau théâtre de Lille. » En parallèle, le producteur lancera mi-mai un groupe auquel il croit beaucoup et dont Universal assurera la promotion : Bp Zoom formé par quatre adolescents, plutôt rock. « Ils proposent une musique hors rap, hors Star'ac, que des tas de gamins ont envie d'écouter. »

Du marketing ? La fibre commerciale le rattrape. Il s'en défend : « Leur insouciance m'a vraiment touché, ils foncent. » Au total, Guy Marseguerra chapeaute ainsi cinq artistes. Loin du show-biz, l'homme, toujours calme, parfois l'air blasé, soutient Les Mauvaises Langues ou William Schotte. Jef Kino, avec qui il a fait deux albums, vient de quitter le label. « Une histoire d'amour », commente Guy, imperturbable. Une anecdote qui lui a quand même valu 300 000 euros de perte. « Ce n'est pas important, certains achètent des Mercedes, je préfère faire des albums. »

Caroline Béhague