Lille

Le Scandale dépasse Lille

Justice Sur demande du parquet, l'affaire du Carlton pourrait passer dans une autre juridiction

C'est l'histoire d'une ascension fulgurante, qui a transformé en trois semaines une affaire de proxénétisme belge en potentiel scandale politico-judiciaire français. Depuis la demande de dessaisissement des juges lillois, mercredi, c'est en tout cas l'avis des avocats de plusieurs personnalités mises en cause dans l'affaire dite « du Carlton ». Ainsi Frank Berton, défenseur de Francis Henrion, le patron de l'hôtel, estime que « l'on veut un déssaisissement parce qu'il y a peut-être d'autres personnes, plus influentes, inquiétées dans ce dossier ». Officiellement, la demande, effectuée dès la semaine dernière par le procureur de Lille, vise à éviter d'éventuelles interférences dues aux relations de travail entre les magistrats et deux mis en examen, le policier et l'avocat pénaliste.

Règlement de comptes
Mais l'Union syndicale des magistrats (USM) va jusqu'à rapprocher le dépaysement de l'affaire lilloise de celui de l'affaire Bettencourt. En faisant « peser une menace sur le magistrat instructeur », le dépaysement est, selon l'USM, « de nature à porter atteinte à l'indépendance de la justice ». De fait, les deux juges d'instruction lillois, Stéphanie Ausbart et Mathieu Vignau, se sont opposé à plusieurs reprises aux réquisitions du procureur, lequel dépend directement du ministère de la Justice. Sur la fermeture de l'hôtel, le non-placement en détention de l'avocat pénaliste mis en cause, ou la mise en examen du chef de la Sûreté, leurs avis divergeaient. Christophe Snyckerte, avocat de René Kojfer, regrette que la demande du parquet « mette en doute l'impartialité » des magistrats lillois.