Reportage : le Cross surveille sans relâche

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« Depuis quelques années, les Britanniques ont pris l'habitude de traverser la Manche à la nage. » Malgré le retour des beaux jours propices à ce genre d'exploit, ce sont plutôt les 21 bateaux naviguant dans le rail montant qui intéressent Fabrice Valverde. Ce chef de quart navigation au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross), basé au cap Gris-Nez, surveille près de 600 navires qui traversent la Manche chaque jour. La plus importante densité de trafic au monde. Son travail consiste notamment à suivre avec attention trois signaux rapprochés sur le radar. « Ces trois points, ce sont des chalutiers en conflit sur une zone de pêche, explique Fabrice Valverde. Une menace à la bonne marche de ce trafic. Notre mission, c'est de gérer la circulation dans la Manche. Plus précisément dans le rail montant, en direction du nord de l'Europe. »

Véritable autoroute maritime, la Manche est divisée en deux voies, des rails larges de près de huit kilomètres. « Les gros accidents comme le Tricolor [un cargo coulé en décembre 2002] sont rares, mais les incidents sont fréquents : absence d'officiers de quart sur la passerelle, bateaux en contresens, manoeuvres mal calculées, décrit Laurent Cassius, chef du service opération. Notre rôle se limite à la prévention. Chaque commandant reste maître à bord. » Sauf en cas de conflit à l'ordre public ou de mises en danger de personnes. Le Cross coordonne alors les moyens de la gendarmerie maritime ou des douanes. « Nous jugeons de la gravité de la situation avant de prendre une décision », explique Pascal Total, commandant de bord de l'hélicoptère des douanes chargé d'observer le trafic. Mais la situation prend parfois une tournure cocasse en présence de nageurs « transmanche », un exploit sportif interdit aux Français qui prend de l'essor en Angleterre. « Les gros paquebots doivent alors attendre que passent ces vaillants nageurs anglais », s'amuse Fabrice Valverde.

Yves Asernal