L'erreur judiciaire sur grand écran

Gilles Durand

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Philippe Torreton, venu présenter l'avant-première à Lille, vendredi .
Philippe Torreton, venu présenter l'avant-première à Lille, vendredi . — M.Libert / 20 Minutes

Et, soudain, le public se lève. Fin du débat qui suit la projection de Présumé coupable, le réalisateur Vincent Garenq et l'acteur Philippe Torreton ont droit à une salve d'applaudissements. Vendredi, à l'UGC de Lille, l'émotion était au rendez-vous de cette avant-première du film qui retrace le calvaire d'un des treize acquittés d'Outreau : l'huissier Alain Marécaux (voir encadré). En 2001, accusé à tort de pédophilie, il avait effectué un an de prison.

« Un cri qu'il fallait véhiculer »
« J'ai été bouleversé et révolté avec vous », lance un spectateur. Une autre, qui travaille en prison, félicite le réalisateur pour avoir « aussi bien retranscrit l'univers carcéral ». Une avocate spectatrice se met à pleurer en posant sa question. Lors de l'avant-première à Bordeaux, c'est une élève de l'école de la magistrature qui avoue : « ça fait réfléchir ». Le metteur en scène Vincent Garenq semble avoir fait mouche en adaptant le livre d'Alain Marécaux, Chronique de mon erreur judiciaire. « En lisant ce livre, j'ai été indigné. Il y avait un cri qu'il fallait véhiculer en totale fidélité avec ce qu'il avait vécu », explique-t-il.
L'affaire d'Outreau n'a donc pas fini de faire réagir. En premier lieu, le sujet principal du film : Alain Marécaux, lui-même, qui a supervisé le tournage. « Le réalisateur a vite compris que ce film ne pouvait pas être une fiction, raconte-t-il. ça m'a aidé dans la mesure où je voyais que je n'étais plus seul à porter ma souffrance ». Cette souffrance, c'est Philippe Torreton qui l'incarne à l'écran. « Quand je l'ai rencontré pour la première fois à Lille, avant le film, je me suis rendu compte que sa plaie était encore béante », se souvient-il.
A titre personnel, lui aussi se dit horrifié par « ce système judiciaire qui, dans ce cas, bafoue impunément la présomption d'innocence ». Avant d'ajouter : « Si on ne regarde pas cette histoire avec notre regard d'humain, la barbarie nous guette ». Au fond de la salle, un spectateur prend le micro. « J'ai été huissier et magistrat , affirme-t-il. Des affaires Outreau, il y en a, hélas, une par semaine. La justice est à l'image de la société, elle peut faire des erreurs ».

« Présumé Coupable »

De l'arrestation musclée à son acquittement, la caméra suit la descente aux enfers d'Alain Marécaux sans tomber dans l'excès de compassion. Les confrontations avec la police, le juge et l'injustice sont autant d'épisodes que la mise en scène livre de façon rythmé, en gardant le point de vue d'Alain Marécaux, véritable figure du martyr.