Petites magouilles pour virer les seniors

©2006 20 minutes

— 

Les jeunes d'abord. Leurs aînés attendront. Le gouvernement devait présenter, hier, un plan pour l'emploi des seniors. Menacée de boycott par trois syndicats, la conférence a été reportée alors que l'activité des plus de 50 ans donne parfois lieu à des pratiques douteuses. En théorie, l'entrepreneur qui limoge un quinqua doit payer une taxe aux Assedic. « Facile à contourner, estime Michel Kopp, de la CGT. Dans l'usine Bombardier de Crespin, près de Valenciennes, presque tous les anciens partent grâce à une magouille. La direction met l'employé dans le coup. Contre dédommagement, elle le licencie pour faute grave. Du coup, elle ne paie pas de taxe. » Si Bombardier dément, Patrick Markey, directeur départemental du travail affirme, sans la nommer, qu'« une entreprise du Valenciennois a procédé à plus de cent licenciements pour faute grave en 2005 ».

L'inaptitude est parfois invoquée pour s'exonérer de la taxe. Rita Prannois, ex-emballeuse de la société Descamps à Nieppe, raconte : « Un nouveau médecin du travail dépêché par la direction m'a suggéré de demander l'inaptitude pour arrêter de travailler. Avec vingt collègues, on a sauté sur l'occasion. On m'a dicté ce que je devais écrire et suis partie, sans visite médicale. »

Malgré un procès-verbal de l'inspection du travail contre Descamps, la CGT, partie civile, a peu d'espoir que le procureur ouvre le dossier. « Tout le monde se satisfait de ces arrangements, estime Antonio Garcia, délégué CGT chez Bombardier. Entre employeur et employé, c'est gagnant-gagnant. Les seuls perdants, ce sont les valeurs morales et les Assedic ! »

Tristan Waleckx

La France est à la traîne en matière d'emploi des seniors. Au dernier recensement (qui date de 1999), seuls 57 % des Français âgés de 50 à 64 ans étaient actifs. Ce taux atteignait à peine 51 % dans le Nord-Pas-de-Calais.