mener la Chasse aux idées noires« Les gens qui passent à l'acte sont souvent en situation de précarité »

Gilles Durand

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«Il y a un mois, je voyais les choses en noir ». Depuis, Chantal* a repris goût à la vie. Elle fait partie des 1 200 personnes qui se retrouvent chaque année à l'hôpital de Roubaix à la suite d'une tentative de suicide. La ville est l'une des plus touchées par ce phénomène en France. D'où la décision, il y a un an et demi, de mettre en place un dispositif mobile inédit en France, baptisé Sisyphe. Un suivi intensif de courte durée au sein de l'hôpital, mais dans un lieu neutre.
« Ce dispositif nous permet de garder le contact avec les suicidaires pour prévenir le risque de récidive, qui est de 80 % dans le mois qui suit », explique Jean-Christophe Piquet, l'un des deux médecins psychiatres investis dans ce dispositif. Avant, seulement une ou deux personnes sur dix honoraient leur rendez-vous au centre médico-psychologique. Depuis, la tendance s'est inversée et le taux de récidive dans le mois est passé à 3 %. Surtout, aucun décès n'est à déplorer chez les personnes suivies.

Six rencontres en un mois
« Leur sourire m'a fait beaucoup de bien. On parle de tout : de la pluie et du beau temps, de mon travail, de mes enfants », raconte Chantal en parlant du docteur Piquet et de l'infirmière qui l'ont rencontrée six fois en un mois. « On ne résout pas ses problèmes, mais on s'appuie sur les choses qui vont bien pour l'aider à reprendre espoir », renchérit le médecin. Pour cette mère de famille de Wasquehal, les rendez-vous sont désormais finis, mais le lien n'est pas totalement rompu. « On essaie de rappeler six mois après pour prendre des nouvelles », lance Jean-Christophe Piquet qui souhaite travailler avec les médecins généralistes pour améliorer encore la prévention. « On sait que les gens qui ont des envies suicidaires vont voir leur médecin, note-t-il. Mais ils n'arrivent pas forcément à aborder le sujet. »
Chaque jour, l'hôpital Provo de Roubaix recense entre deux et trois tentatives de suicide. Selon une étude menée entre 2001 et 2003, le risque suicidaire est deux fois plus élevé à Roubaix que par rapport à la moyenne nationale. « Les conditions de vie socio-économiques n'ont pas fondamentalement changé en dix ans, souligne le psychiatre roubaisien Jean-Christophe Piquet. Très souvent, les personnes qui passent à l'acte sont en situation de grande précarité ». Sur les 7 700 tentatives répertoriées annuellement dans le département du Nord, près d'une sur six a lieu sur le secteur roubaisien. Les deux tiers des cas concernent des femmes autour de 40 ans qui vivent seules, avec ou sans enfants, et dont le niveau d'étude est assez bas. « Il y a moins de suicides le mercredi, parce que c'est le jour des enfants, constate Jean-Christophe Piquet. En revanche, on se suicide davantage à l'arrivée du printemps ». Avec 850 décès annuels par suicide (30 % de plus que la moyenne nationale), la région est aussi l'une des plus touchées de France.G. D.

Décès

Avec 850 décès annuels par suicide (30 % de plus que la moyenne nationale), le Nord-Pas-de-Calais est la 4e région la plus touchée par le suicide. La pendaison est le moyen employé par près de deux tiers des hommes. Les femmes privilégient l'intoxication dans 30 % des cas.