Froguel rock chez Pasteur

Gilles Durand
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Ce chercheur a découvert en 1995 quatre gènes responsables de l'obésité, mais dénonce toujours la publicité pour les hamburgers.  Il est aussi fan du jeu Angry Birds et du film d'anticipation Bienvenue à Gattaca.
Ce chercheur a découvert en 1995 quatre gènes responsables de l'obésité, mais dénonce toujours la publicité pour les hamburgers. Il est aussi fan du jeu Angry Birds et du film d'anticipation Bienvenue à Gattaca. — M.Libert / 20 Minutes

Si le gène du poil à gratter existe, Philippe Froguel le possède. La semaine dernière, cet éminent chercheur, mondialement connu pour ses travaux sur le diabète, n'y est pas allé avec le dos de l'éprouvette pour descendre en flèche la recherche régionale et la gestion hasardeuse de l'Institut Pasteur, son institution de tutelle. Avec l'assurance du scientifique qui vient de décrocher les crédits du grand emprunt national pour son laboratoire de recherche sur le diabète.

Un franc-parler
Première cible : le conseil régional accusé de « saupoudrer les financements » et dont Froguel dénonce le « clientélisme ». Pour lui, c'est la raison pour laquelle la région n'a obtenu aucun label d'excellence, mis à part son labo. « C'est toujours plus facile de dénoncer les erreurs après coup, Il aurait été plus utile qu'il intervienne plus tôt », répond Sandrine Rousseau, vice-présidente (Verts) chargée de la recherche à la région. Mais Philippe Froguel n'en démord pas : « L'état de la recherche est très mauvais dans le Nord. On n'investit pas dans les hommes et on ne fait pas assez confiance aux jeunes. Si à 45 ans, un chercheur n'a pas émergé, il ne le fera plus. Pourquoi dépenser inutilement l'argent du contribuable à l'aider ? »
L'autre grief s'adresse au directeur de Pasteur, Philippe Amouyel. « L'institut n'a aucune vision, ni stratégie scientifique. » L'intéressé n'a pas souhaité nous répondre à ce sujet. Pas de petit combat pour ce professeur à l'Imperial College de Londres, récemment nommé aussi à l'université de Lille-II. Il est intervenu personnellement pour défendre deux salariés de Pasteur, injustement licenciés à ses yeux. « La façon dont on instaure un climat de peur dans l'entreprise me révulse moralement ».
Sur ce dossier, Martine Aubry l'a « beaucoup déçu ». « En tant que maire de Lille, elle est présidente de Pasteur, mais a l'air de se désintéresser du sort de cette institution*. Or, à Lille, l'excellence en recherche biomédicale se trouve à Pasteur, et pas ailleurs »
Depuis son arrivée à Lille en 2002, cet enfant du Sentier aime bousculer les certitudes. « Le déterminisme fait peur, alors on diabolise la génétique ». A 51 ans, il tire un bilan. « Je rêvais de guérir les diabétiques, or il y en a de plus en plus. Il faut trouver des dispositifs pour améliorer le rendement de la recherche ». Une humilité qui tranche avec l'orgueil que certains lui reprochent.