Mobilisation cultuelle

Gilles Durand

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La salle de prières à Fives.
La salle de prières à Fives. — M.Libert / 20 Minutes

Prières à ne pas déranger. A l'heure où le président de la République souhaite instaurer un débat national sur la laïcité et l'islam, Lille se retrouve avec un cas concret à gérer. En octobre, l'association Areli lançait des travaux de réhabilitation pour les logements de son foyer de travailleurs immigrés à Fives. Or, le projet prévoit de détruire, à la fin du mois, une salle de prière devenue, au fil des ans, la mosquée officieuse du quartier. « Les fidèles n'accepteront pas », assure Mohamed Bousnane, responsable associatif et porte-parole de l'association des musulmans de Fives.

Respect de la foi
L'Areli a pourtant prévu d'installer des bungalows le 22 avril pour offrir un lieu de culte provisoire. Mais c'est l'avenir de ce lieu qui inquiète les fidèles. Il serait question d'un local de 50 m2. « Trop petit » pour Mohamed Bousnane. « Ces gens méritent qu'on respecte leur foi. Si ce n'est pas le cas, le quartier risque de s'enflammer », poursuit-t-il, avant de menacer de faire appel à la justice pour arrêter les travaux.
Devant le foyer, les réactions sont moins virulentes, mais la tristesse se lit sur certains visages. « Le patron de l'Areli est riche, il peut nous offrir quelque chose de correct », plaisante Mohamed El Majouti, ancien occupant du foyer. D'autres ont fait leur deuil. « De toute façon, ce n'est pas une vraie mosquée, lance un fidèle. Si elle n'existe plus, tant pis ». « Ce n'est pas un bon musulman », répond son voisin qui fréquente cette salle de prières depuis trente ans. D'autres y vont de temps en temps, comme Zino Ben Ramdane, membre du conseil des résidents étrangers de Lille : « Le problème, c'est que les personnes âgées, n'ont pas les moyens de déplacer dans une autre mosquée ». « Nous améliorons le confort des résidents, souligne LMH, maître d'ouvrage de la réhabilitation. Mais nous n'avons pas vocation à construire un lieu de culte. »

Histoire

Les foyers de travailleurs migrants ont été créés au milieu des années 50 pour résorber les bidonvilles. Ils ont été construits avec les fonds des caisses de prestation des ouvriers avant d'être transformé en résidence sociale il y a environ quinze ans.