Liège, héroïne de lutte contre la dépendance

Gabriel Thierry

— 

Une salle de shoot à Lille.
Une salle de shoot à Lille. — M.Libert / 20 Minutes

Adieu dealers, bonjour médecins. A Liège, en Belgique, on va désormais distribuer de l'héroïne médicalisée. C'est Tadam, une fondation regroupant collectivités et hôpitaux, qui va mener cette expérience inédite dans ce pays, mais déjà menée par six pays européens. Ici vivraient 1 500 toxicomanes, ce qui a valu à la cité wallonne le surnom ironique de «Junk-City» par un journal flamand. Et des commentaires acerbes dans la presse, car « les journalistes se sont braqués sur la gratuité », relève Dominique Delhauteur, coordonnateur du projet.

Traitement d'un an au maximum

Cet homme s'est installé avec médecins et infirmiers dans l'ancienne salle des rotatives d'un quotidien, situé près du quartier chaud, mais, surtout, à deux pas du commissariat. Les toxicomanes pourront ici s'injecter ou inhaler l'héroïne. Eviers pour dilater les veines (en utilisant de l'eau chaude), salle de repos avec des sièges sans accoudoirs «pour qu'ils tombent plus vite en cas de malaise»: tout est prêt. Ne manque plus que l'héroïne, importée des Pays-Bas et en attente de l'autorisation d'exportation.

«Ils sont encore une fois en avance sur nous, on est à mille lieues d'une démarche pragmatique», regrette Pierre Chappard, le président d'Act-up, pour qui ce centre «permettra de remettre les plus précarisés dans le système de soins». Or tous les toxicomanes n'auront pas droit à l'étylmorphine, le nom pharmacologique de l'héroïne. Ils seront une centaine à bénéficier du programme pour une durée maximale d'un an.

«Dès 1995, on avait fait le constat que la méthadone était un échec pour un quart des toxicomanes», rappelle Dominique Delhauteur. Quinze ans plus tard, les médecins vont pouvoir faire l'essai clinique permettant de comparer ces deux traitements.De son côté, Etienne Apaire, président de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) dénonce cette initiative qui «fournit les toxicomanes en drogue».

Projet

La distribution médicalisée d'héroïne en France n'existe pas, Mais trois villes se sont prononcées pour l'ouverture de salles de shoot, des lieux où les toxicomanes peuvent consommer leur propre drogue : Paris, Toulouse, et Marseille. Un vœu pieux car c'est l'Etat qui est compétent. « Elles pourraient ouvrir après 2012 », espère l'association Act-up qui a préféré ne pas militer pour la distribution d'héroïne médicalisée, pour « ne pas brouiller le message ».