Les avocats rebelles

olivier aballain

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Drôle de guerre au commissariat central de Lille. Depuis deux jours, les avocats commis d'office pour les personnes en garde à vue réclament officiellement des droits que la loi ne prévoit toujours pas. « Nous demandons l'accès au dossier et aux auditions tout au long de la garde à vue », explique Me Emmanuel Masson, futur bâtonnier du barreau. Actuellement, la loi française n'autorise la présence d'un avocat que dans la première demi-heure. « Les demandes sont systématiquement refusées », explique un agent, qui précise que le parquet de Lille a donné des instructions en ce sens.

Allongement des procédures
Mais les avocats n'entendent pas en rester là, puisque le dispositif de garde à vue français a été jugé contraire aux règles européennes par le Conseil constitutionnel. Après avoir constaté le refus des officiers de police face à leurs exigences, ils plaideront chaque fois la nullité des poursuites. « Certains policiers nous ont demandé combien de temps ça allait durer... », raconte Me Marion Roucou, qui a assisté une quinzaine de gardés à vue dans la nuit d'avant-hier à hier. « Leur dire oui est matériellement impossible, cela allongerait toutes les procédures », grince Fabrice Danel, du syndicat Unité Police.
D'après le barreau, certains prévenus en ont déjà fait les frais : victimes indirectes de la journée d'action des avocats hier, ils n'ont pas été présentés dans l'après-midi en comparution immédiate au TGI de Lille. Et auront donc passé plusieurs heures de plus en garde à vue... « Aucune instruction n'a été donnée pour reporter des comparutions », certifie le parquet général.

Le bâtonnier a proposé hier au procureur de Lille de « mettre à l'essai une garde à vue conforme aux principes de la Convention européenne des droits de l'Homme », les avocats jugeant insuffisante la réforme proposée par la Chancellerie.