Un rebondissement qui soulage les salariés

Olivier Aballain & Gilles durand

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« Victoire historique » pour les uns. « Grande joie » pour les autres. Hier, c'était jour de fête sur le site Total de Dunkerque, à la suite de la décision de la cour d'appel de Douai d'obliger le groupe pétrolier à redémarrer l'activité de sa raffinerie dans les quinze jours. A défaut, l'entreprise devra verser une astreinte de 100 000 € quotidiennement dès le 16e jour. L'un après l'autre, les salariés en congés viennent partager la bonne nouvelle avec leurs collègues. « ça redonne le moral, souligne Jean-Luc Fournier, un salarié de 50 ans. On n'était pas loin du bout du rouleau, vu comme c'était parti. » Pourtant, avec deux assemblées générales quotidiennes, les ouvriers sont restés fortement mobilisés. Même si le site est fermé depuis septembre 2009. D'abord provisoirement, puis définitivement le 8 mars.

« Une décision exemplaire »
C'est justement ce que reproche la justice à Total. D'avoir pris sa décision en deux temps, sans avoir informé, ni consulté les représentants du personnel. « Cette décision de justice est courageuse et exemplaire. Elle va rappeler aux patrons que lorsqu'ils ne respectent pas les lois, la justice peut intervenir », martèle Me Patrick Tillie, avocat du comité d'entreprise. En première instance, le tribunal des référés de Dunkerque avait condamné Total à verser 9 000 € pour non-respect de la procédure d'information, mais sans ordonner la reprise du raffinage.

« Le produit est redevenu rentable »
« Ils ne vont pas se laisser faire comme ça », s'inquiète en revanche un autre salarié, Dominique, du haut de ses trente ans de boîte. D'autant qu'il est techniquement impossible de relancer l'activité avant quelques mois. La révision quinquennale, le « grand arrêt » selon le langage des salariés, doit être assurée cette année. « ça oblige à une remise à neuf de l'outil alors qu'ils veulent l'arrêter », lance Jean-Luc Fournier. Pourtant, d'après Philippe Wullens, délégué SUD, « le produit est redevenu rentable, ce qui n'était plus le cas, c'est vrai, en septembre ».
Hier soir, la direction de Total n'avait pas encore fait savoir si elle comptait se pourvoir en cassation. On ne connaissait pas non plus l'avenir réservé à la participation du groupe au projet de terminal méthanier d'EDF à Dunkerque.

Menace de grève

La CGT a menacé hier d'appeler à la grève l'ensemble des sites Total en France si le groupe pétrolier n'exécutait pas l'arrêt de la cour d'appel. Une grève nationale avait déjà été lancée entre le 17 et le 23 février, juste avant l'annonce de la fermeture.