En mars 2007, une explosion dans l'usine avait causé la mort de quatre personnes.
En mars 2007, une explosion dans l'usine avait causé la mort de quatre personnes. — O. TOURON/ 20 MINUTES

Lille

Des consignes pas si « stériles »

Justice Première journée à Béthune du procès de la société Nitrochimie

Dure à cuire. La direction de Nitrochimie a passé la première journée de son procès, hier à Béthune, à nier le manque de sécurité de l'usine de dynamite de Billy-Berclau. Et pourtant, c'est bien un « laisser-aller » qui a été pointé par les experts pour expliquer l'explosion qui a fait quatre morts, le 27 mars 2003.

De multiples dérives
« Il disait souvent qu'un jour, il sortirait de l'usine dans une petite boîte. » La fille de Jean-Yves Lejeune, mort à 54 ans, est encore sous le choc, sept ans après. L'enjeu du procès, pour elle, « c'est que la direction reconnaisse enfin sa faute ». De l'avis des experts, c'est un corps étranger, coincé dans la machine, qui aurait fait exploser la pâte à base de nitroglycérine. La direction met l'accent sur une mauvaise manipulation de Jean-Yves Lejeune, que les vidéos montrent en train de ramasser de la pâte tombée au sol. Mais pour l'expert mandaté par l'instruction, « l'explosion est la conséquence de multiples dérives dans le fonctionnement de l'atelier ». Consignes non respectées, travail désorganisé, production d'une nouvelle matière sans étude préalable… « Le matin de l'accident, il n'y avait qu'un seul opérateur au lieu de trois sur la machine. Est-ce normal ? », s'est interrogé Me Jean-Bernard Geoffroy, avocat de l'une des parties civiles. « Ce n'est pas inhabituel », répond Jean-Yves Canihac, directeur de Nitrochimie, aussitôt contredit par l'expert. Pour Jean-Yves Canihac, « certaines consignes de sécurité sont stériles. […] On ne peut pas avoir une sécurité parfaite. » « Un jardin potager peut ne pas être parfait, réagit Me Patrick Zehnder, avocat d'une partie civile. Mais la sécurité dans une usine d'explosifs, non. » Le procès se termine ce soir.