Immeubles effondrés à Lille : Des causes multiples et connues depuis longtemps

Bâtiment Après l’effondrement mortel de deux immeubles, les alertes se multiplient dans le centre de Lille pour des « désordres » constatés sur de nombreux bâtiments. Mais la problématique est loin d’être récente et les causes sont multiples et connues

Mikaël Libert
Lille, le 12 novembre 2022. Deux immeubles d'babitations, avec des commerces au res-de-chaussée, se sont effondrés vers 9h du matin. Le bilan provisoire en fin de journée était établi à un blessé et un porté disparu.
Lille, le 12 novembre 2022. Deux immeubles d'babitations, avec des commerces au res-de-chaussée, se sont effondrés vers 9h du matin. Le bilan provisoire en fin de journée était établi à un blessé et un porté disparu. — M.Libert / 20 Minutes
  • Plus de deux semaines après l’effondrement mortel de deux immeubles à Lille, on ignore toujours les causes du drame.
  • Depuis, les alertes se multiplient au sujet de fissures et de désordres constatés sur d’autres bâtiments du centre-ville.
  • Pourtant, cette problématique que l’on semble découvrir aujourd’hui est loin d’être nouvelle.

« On ne met la lumière sur ces sujets-là que lorsqu’un drame survient », déplorait Mélissa Menet, cheffe de cabinet de Martine Aubry, après l’effondrement de deux immeubles qui a coûté la vie à un médecin de 45 ans, le 12 novembre dernier, à Lille. Depuis ce jour, les inspecteurs de salubrité de la ville sont inondés d’appels et les signalements de désordres sur des bâtiments se multiplient. Pourtant, il n’y a rien de neuf sous le soleil. Les causes probables du drame sont peut-être les mêmes qui provoquent des fissures sur les immeubles du Vieux-Lille. Des causes que l’on semble découvrir aujourd’hui mais qui ne datent cependant pas d’hier.



Depuis le drame, il ne se passe quasiment pas une journée sans que les pompiers et les services de la ville ne se déplacent pour évacuer des bâtiments après le signalement de fissures en façade ou au sous-sol. Des interventions répondant à un principe de précaution appliqué à la lettre face à un mouvement d’inquiétude grandissant. Néanmoins, les pathologies à l’origine de ces désordres ne sont pas apparues récemment. « Il y en a trois qui sont récurrentes pour Lille, à commencer par le fait que la ville est entièrement bâtie sur des sols limoneux sans beaucoup de consistance ni de portance », explique Eric Tahon, expert technique en bâtiment dans la métropole lilloise.

Un sous-sol relativement instable

« Tout le centre de Lille est construit sur l’ancien lit de la rivière Deûle, comblé, asséché, canalisé », renchérit Jean-Yves Mereau, président de l’association Renaissance du Lille ancien. Sous nos pieds, donc, se trouve un substrat d’argile posé sur du calcaire dans lequel des pieux en bois de chêne ont été enfoncés en guise de fondation pour supporter les immeubles. « Depuis une cinquantaine d’années, on a construit des parkings souterrains, et l’on pompe l’eau de ces parkings pour éviter qu’ils soient inondés. Sauf que cela a aussi comme effet de faire baisser la nappe phréatique », poursuit-il. Un phénomène « bien connu », auquel il faut ajouter celui de la sécheresse qui contracte les argiles. On obtient alors un combo dont le résultat est l’enfoncement des immeubles.

Cependant, la composition du sous-sol n’est pas la seule responsable. « Depuis le XXe siècle, les bâtiments du Vieux-Lille n’ont cessé d’être transformés pour finalement être surexploités », insiste l’expert en bâtiment. Quand un immeuble accueillait autrefois une seule famille, il abrite désormais une famille par étage, augmentant d’autant le facteur de charge sur la structure. « Quand vous prenez de l’embonpoint, ce n’est pas bon pour vos genoux. C’est exactement la même chose pour les bâtiments », ajoute Eric Tahon.

La nature n’aime pas le vide

Le point commun entre l’effondrement et les alertes qui ont suivi, c’est la présence de commerces au rez-de-chaussée. « La mode, qui est aussi le gros problème du Vieux-Lille, c’est de rassembler plusieurs maisons pour faire de grandes surfaces commerciales en remplaçant les murs porteurs par des poutres », remarque Jean-Yves Mereau. « Ces transformations, lorsqu’elles ne sont pas faites dans les règles de l’art, amoindrissent les points de structure et déstabilisent les bâtiments », affirme l’expert.

La troisième cause la plus répandue de pathologie du bâtiment, c’est le manque d’entretien. Même si le président de Renaissance du Lille ancien admet que l’état général du bâti dans le Vieux-Lille est « plutôt bon », il reconnaît aussi des lacunes. « Des effondrements d’immeubles que les propriétaires ont laissés se dégrader, il y en a déjà eu, rue des Arts ou encore rue du Vieux-Faubourg », se souvient-il. « Les propriétaires ne font pas les travaux ou les font mal. Parfois faute de moyens, surtout pour les petites copropriétés. Il arrive même que l’on cache les problèmes derrière des plaques de plâtre », se désole Eric Tahon.

Le drame de Lille trouve-t-il son origine parmi ces trois causes ? Nos interlocuteurs se gardent bien, à juste titre, de s’avancer sur ce point. Seule l’expertise judiciaire en cours, dans le cadre de l’enquête pour homicide involontaire dirigée par le parquet de Lille, pourra répondre à cette question.