Les robes noires voient rouge

Steeven Demora

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Ils ont l'habitude de défendre des causes. Cette fois, c'est la leur. Depuis le début du mois d'avril, plusieurs avocats lillois refusaient de plaider les dossiers dans les affaires relevant de l'aide juridictionnelle (AJ). Ils dénonçaient les six mois de retard accumulés dans le traitement des dossiers au bureau d'aide juridictionnelle. L'AJ est accordée par l'Etat et permet la prise en charge totale ou partielle des frais de justice. A Lille, 70 % de la population sont concernés lors des audiences pénales.
« La situation devenait urgente, certains avocats se retrouvaient à plaider devant le tribunal sans avoir de décision sur l'octroi d'une AJ », constate René Despieghelaere, bâtonnier du barreau de Lille. Et si l'AJ n'est pas accordée, l'avocat n'est pas payé… « C'est comme si vous demandiez à votre garagiste de réparer votre voiture en lui disant que vous payerez dans six mois », explique l'avocate Brigitte Sergni. Pour résorber ce retard, Jean-Paul Roughol, le président du tribunal de Lille, annonce que deux greffiers supplémentaires sont venus renforcer début avril l'équipe des quatre autres s'occupant des dossiers d'AJ. L'objectif est de revenir à un délai normal d'ici au 30 juin : « En septembre 2009, le délai était d'un à deux mois. Le retard est dû à des départs qui n'ont pas été remplacés assez vite. » Le bâtonnier s'en réjouit : « L'action qu'on a menée a manifestement porté ses fruits. » Il réunit le conseil de l'ordre des avocats ce matin. L'assemblée générale réunie mercredi dernier avait voté le blocage de deux matinées d'audience. Nul doute qu'on en reparlera aux états généraux de l'aide juridictionnelle, qui se tiendront à Lille le 25 juin.