Les dossiers s'empilent en salle d'attente

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Un délai de traitement qui pénalise aussi bien les défenseurs que les justiciables.
Un délai de traitement qui pénalise aussi bien les défenseurs que les justiciables. — C. Dhalluin / 20 Minutes

Dans ce cabinet d'avocats roubaisien, à deux pas de la Grand-place, l'aide juridictionnelle (AJ) est sur toutes les lèvres. Dès l'accueil, l'une des deux secrétaires, Barbara, soupire à la première question : « On ne s'en sort plus ! On reçoit beaucoup d'appels de clients qui se plaignent de la longueur des décisions d'AJ. » Illustration au sol, où une pile de dossiers arrive à hauteur de son bureau : « Ce ne sont quasiment que des dossiers d'AJ. » Au premier étage, Me Vincent Potié sort de son bureau avec son client. « Une super illustration des problèmes de l'aide juridictionnelle », garantit l'avocat. L'histoire vaut le coup d'être racontée : « Ce brave homme s'est fait arnaquer par un entrepreneur qui lui a demandé 5 000 € pour changer sa porte d'entrée. Le travail a été bâclé. Maintenant, il poursuit la société. » Mais, le client doit prouver ce qu'il avance, il a dû faire appel à un huissier, et aujourd'hui, il doit demander une expertise. « Tout ça lui coûte cher ! Et si on fait une demande d'AJ, avec le temps que ça va prendre, l'expertise va encore être décalée. En attendant, mon client dort avec une porte qui ne ferme pas bien ! Le justiciable est autant concerné par le problème que les avocats. »
Rendez-vous suivant. Dans son grand bureau, une jeune femme pose son sac sur le tapis multicolore et explique : une chute, une erreur de diagnostic et cinq mois d'arrêt de travail. L'avocat lui demande si elle bénéficie de l'AJ. Elle semble ne pas connaître les conditions. Me Potié lui demande ses revenus, mais ils sont trop élevés pour y prétendre. Cette fois, la cliente va devoir régler les frais judiciaires de sa poche. De son côté, Me Emilie Dewaele défend un client dont la demande de titre de séjour a été refusée. Ici aussi, « on attend d'avoir une décision d'AJ. Cela pose problème puisque mon client peut se faire reconduire dans son pays alors qu'on n'a même pas saisi le tribunal administratif ! » La jeune avocate explique être confrontée quotidiennement à ces problèmes de retard. Arrivée il y a quatre mois au cabinet, Me Dewaele assure rester « motivée ». Barbara, elle, peste en regardant la pile de dossiers : « Je n'ai pas beaucoup avancé aujourd'hui ! »S. D.