Lille : La sobriété énergétique nous réserve-t-elle un avenir froid et sombre ?

COUPER LE JUS En plus de mesures structurelles visant à économiser le gaz et l’électricité, la ville de Lille en met en place de nouvelles, plus conjoncturelles, pour éviter de voir exploser son budget énergétique

Mikaël Libert
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On ne le dirait pas, mais la mise en lumière du musée des Beaux arts de Lille ne fonctionne plus la nuit.
On ne le dirait pas, mais la mise en lumière du musée des Beaux arts de Lille ne fonctionne plus la nuit. — M.Libert / 20 Minutes
  • La ville de Lille vient de présenter un plan drastique visant à davantage de sobriété énergétique.
  • Plusieurs mesures conjoncturelles s’ajoutent à d’autres dispositifs structurels pour faire baisser les factures de gaz et d’électricité de la ville.
  • Baisse du chauffage des bâtiments publics, arrêt des mises en lumières de monuments, coupure des fontaines sont notamment au programme.

Vers un avenir froid et sombre ? Il serait quelque peu exagéré de présenter ainsi le « plan de sobriété énergétique » que la ville de Lille est en train de mettre en place. Une chose est néanmoins certaine, pour faire face aux enjeux climatiques et à la flambée des prix de l’énergie, il va falloir faire davantage que ce qui a été entrepris depuis une quinzaine d’années. Audrey Linkenheld, 1re adjointe à la maire, en charge de la transition écologique et du développement soutenable, a détaillé 18 mesures « conjoncturelles » pour économiser l’énergie et les deniers publics.

La semaine dernière, la ville avait déjà annoncé, et mis en œuvre, les deux mesures les plus symboliques, ou visibles, de son plan de sobriété énergétique : l’arrêt des mises en lumière de la plupart des bâtiments municipaux la nuit et la non remise en eau de deux fontaines. Symboliques dans l’image et dans la part d’économies que cela représente, soit 129.351 euros sur un montant annuel espéré d’un million d’euros. Si les autres actions seront plus discrètes aux yeux des Lillois, elles n’en seront pas moins efficaces.

Une baisse généralisée du chauffage des équipements

A commencer par des baisses de températures généralisées dans les bâtiments et équipements publics. Déjà, fonctionnaires et élus doivent se contenter d’un chauffage réglé à 19°C depuis 2008. Mais les plus frileux disposaient de radiateurs d’appoint électriques qu’ils utilisaient allégrement. C’est terminé. La mairie prévoit aussi de diminuer de 2°C les températures des piscines, qui restent donc ouvertes, et des équipements culturels. Soit 18°C au musée des Beaux-arts, ou 26°C pour l’eau de la piscine Marx-Dormoy par exemple. Les pratiquants de sports en salle devront se contenter d’un chauffage à 14°C, porté à 16°C pour les activités pieds nus.

Certains services ou activités seront optimisés, voire tout simplement arrêtés. Terminés les « bébés nageurs » dans les piscines, activité qui nécessite une eau à 30°C, ou la patinoire de « Lille neige ». L’ouverture des écoles pendant les vacances scolaires pour accueillir les centres de loisirs sera désormais limitée à un établissement par quartier. L’enjeu climato-économique aura sans doute aussi raison de la serre équatoriale municipale, un gouffre énergétique.

Economiser pour contenir la hausse du budget énergie

Avec toutes ces mesures, on pourrait s’attendre à voir les factures énergétiques de la ville fondre. Il n’en sera rien, le but étant avant tout d’éviter qu’elles n’explosent avec l’inflation et les augmentations tarifaires. Ces dernières années, le budget gaz et électricité (bâtiments et éclairage public) était stabilisé à environ 11 millions d’euros. « En 2022 on sera aux alentours de 14 millions et sans doute 16 millions en 2023 », reconnaît Audrey Linkenheld. Une hausse significative, notamment due à un changement de contrat gaz qui triple le montant de la facture (de 2 à 6 millions d’euros).



Tout cela est « conjoncturel », donc provisoire, selon l’adjointe au maire. Pour autant, la ville ne s’interdit pas d’en pérenniser tout ou partie, « en fonction des retours d’expérience », glisse Audrey Linkenheld. A défaut de s’habituer à avoir froid, il faudra s’habituer à avoir moins chaud.