« Pour le salut de l'humanité »

Gilles Durand
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Cedric Dhalluin / 20 Minutes

Quand capitalisme rime avec altruisme. Diplômé de Centrale Paris, puis de l'université californienne Stanford, Thierry Klein n'a rien d'un utopiste, mais il y croit. L'idée de ce chef d'entreprise lillois : le capital altruiste. Une notion imaginée il y a trois ans pour permettre à des entreprises volontaires d'offrir gracieusement une part de leur capital à une ou plusieurs ONG. « Certains entrepreneurs ont une fibre sociale, mais ne savent pas comment faire pour aider sans mettre en péril la vie de l'entreprise et sans tomber dans le marketing hypocrite », explique Thierry Klein, qui décidait, le mois dernier, de mettre son idée en pratique.

Une cause sentimentale et morale
Sa société Speechi, spécialisée dans les solutions nomades d'enseignement, réserve désormais 10 % de son capital à une ONG rwandaise qui protège les gorilles. « Une cause uniquement sentimentale et morale, car le salut de l'humanité passe par là », philosophe Thierry Klein. Reste désormais à convaincre d'autres entreprises de suivre cette voie « généreuse et intelligente », comme la définit Michel Declunder, investi dans le développement technologique régional. « Nous avons élaboré des statuts types pour ne pas alourdir la procédure de création d'entreprise », assure Thierry Klein. Confiant dans son idée, il a calculé : « Si 1 à 2 % des entreprises laissent 5 % de leur capital, le bénéfice pèsera plus que toutes les aides gouvernementales dans vingt ans. »
Un nouveau défi pour cet innovateur qui se dit lui-même « tête brûlée », davantage préoccuppé par la création d'entreprise que par la gestion. De son siège social à Bachy, en pleine campagne de la Pévèle, il goûte au plaisir de ne jamais vraiment se poser. Tour à tour chercheur dans une société d'intelligence artificielle aux Etats-Unis, puis consultant à Paris, c'est par amour qu'il atterrit dans le Nord il y a huit ans. Pas celui de la région, mais d'une avocate qui deviendra sa femme.
Depuis, il ne cesse de s'investir dans des projets : le lancement du Pôle régional numérique, le développement de valises interactives pour l'enseignement, mais aussi la recherche sur des éoliennes ou des vélos électriques avec Centrale Lille et l'Institut supérieur de design de Valenciennes. « Certains programmes devraient sortir en juin », avance-t-il. Bref, l'année 2010 pourrait se révéler un bon cru pour ce natif de Marseille. « D'autant que ça fait dix-sept ans qu'on attend un titre de champion en foot », avoue le supporter de l'OM. Et là, pas question de partager. L'altruisme a ses limites.