lutte pour le prix du lait après la traite

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L'exploitation des Hannebique subit un manque à gagner de 40 000 € en 2010.
L'exploitation des Hannebique subit un manque à gagner de 40 000 € en 2010. — C. Dhalluin / 20 Minutes

S'il est levé avant l'aube, ce n'est pas pour aller manifester. Il est 7 h du matin ce mardi lorsque Philippe Hannebique débute la traite des vaches. La manif avec les autres producteurs pour une hausse du prix du lait, ce sera pour plus tard. A 40 ans, le responsable local de la principale organisation d'agriculteurs (FDSEA) exploite avec sa femme Véronique une ferme de 100 hectares et 60 vaches laitières, à Houdain. Dans la salle de traite flambant neuve, douze vaches s'alignent en épi des deux côtés de la plate-forme. « Des conditions de travail géniales », assure Véronique, à la manœuvre en bottes et combinaison. Elle nettoie les pis des Prim'Holstein, la peau parfois encore recouverte de paille, met en place les pompes puis protège délicatement les pis avec un film en plastique très fin. Il faut aller vite car les vaches sont pressées de vider leur lait : environ 28 litres par jour et par animal en moyenne.
Pendant que sa femme travaille, Philippe calcule : avec les prix actuels, leur revenu ne va « pas être loin de zéro. Si la situation ne s'améliore pas, les grosses difficultés vont arriver. » Ce couple a investi en 2007, « une année euphorique », pour doubler sa production laitière. La facture, rien que pour la salle de traite, se monte à 40 000 €. Pile-poil le manque à gagner cette année avec la baisse des prix du lait et des céréales.
Du coup, ils font grise mine. Ils ne sont pas les seuls. Deux heures après la traite, ils sont une cinquantaine d'éleveurs des alentours à participer aux actions de retrait de produits laitiers dans les supermarchés de Houdain. Pour faire pression sur les industriels et la grande distribution, accusés d'accaparer toutes les marges. « Nous, on prend ce qu'il reste », commente, désabusé, Philippe. Bingo : 200 km plus loin, le ministre de l'Agriculture a annoncé un accord sur une hausse moyenne de 9 %. Il est presque 18 h. L'heure de la traite du soir.Gabriel Thierry